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Lèse-Art Re-Mue

RE-MUE revue littéraire des lézards en mutation permanente.

Chaque mois, RE-MUE donne la parole à un nouvel invité

  N °6

 

CHRONIQUES DE PSYCHOTHERAPIES (Extraits)


Par Roland REUMOND.

 

 

L’homme n’est-il pas constitué essentiellement d’eaux troubles et d’idées fixes ?

Si ce n’est de la complaisance, par-delà la rime, il y a entre « le visage » d’une personne et « le paysage » quelque chose de l’ordre de la complicité ; une forme de connivence et de disposition naturelle à acquiescer l’un et l’autre dans ce qu’il est, un accueil, cœur de chair et cœur de pierre, l’homme réside sur Terre et la terre habite l’homme !

 

Force est de constater que des liens puissants caractérisent ces « relations d’être » entre la nature et l’homme, la nature et la culture, la mer, la montagne, la campagne …, et qu’il y a une grande proximité qui se noue dans nos origines et durera jusqu’à la fin des temps.

En poésie, il y a beaucoup d’analogies, de métaphores empruntées à la nature pour parler de l’homme, parce qu’entre Terre à Ciel, mers et rivages, il ya une même passion amoureuse et dévastatrice, une même affection, si forte et si féconde, une identique fébrilité des nerfs et des eaux, comme sourdent, invisibles, mais agissantes, les racines de l’être que nous sommes en la cavité de ses os.

C’est probablement pourquoi mère Nature est vraiment guérissante pour l’homme !
  Robert Varlez

 

Entre la nature et la culture, le visage et le paysage, entre les maux et les mots, il y a l’appel de deux désirs qui ne font qu’un dans l’homme. Le réel nous appelle à cette unité, à cet amour total qui relève du même processus vital, du même travail de l’esprit au cœur de la matière, et du réel au cœur de l’esprit.


Pensées, clochers, rochers (…). Formes extérieures et intérieures, ne font qu’une même ossature, un même cartilage ; l’ébauche d’une nature qui toujours se dépasse, nous surpasse, monte en conscience et s’épand comme l’univers entier.

Mais pour naître et grandir en cela, à cela, il faut oser la vie ! Pas facile, quand l’inquiétude et l’hostilité semblent déjà habiter la matière dès les origines des Mondes.

 

Jo Hubert  
On pourrait penser que nature et culture, images et visages, maison et âme, pensées et actes, sont comme les vêtements et leur doublure, comme l’ourlet de l’existence, et que pour fuir le réel, c'est-à-dire la réalité de la réalité, l’homme s’invente de tels mensonges qu’il finit par y croire !

Paysages, images et visages se confondent, au plus intime des nœuds, des névroses et des psychoses, comme une douleur infinie, qui ne peut passer qu’en s’épanchant, qu’en s’épandant d’âge en âge, de génération en génération.

Dans les limites du territoire de l'homme, territoire autant corporel que géographique ; dans cette nature, où chacun est un corps qui parle, un corps qui a parlé ou qui parlera, un corps qui dit tout haut ce que certains pensent tout bas, la vie dit : « oui » et dit : « non », selon, elle marque l’ouverture et la fermeture, elle marque le pas, le passage, le gué et les sommets avec leurs limites respectives toujours à dépasser.


Tout homme est lui-même « fragmenté » comme le disque dur de mon PC.


Par son propre corps, l'homme appartient à ce monde qui l'entoure, il fait partie du paysage, du territoire de la mémoire, de l’histoire avec sa préhistoire ; il fait partie intégrante de la nature et de la culture, qui sans cesse s'entremêlent tels les morceaux éparts d’un immense puzzle à reconstituer corps et âme.
Comment assumer le manque sans se couper du réel, quand la névrose me dit qu’il y a toujours une pièce manquante, un chainon du paysage ?

  Robert Varlez

 

Robert Varlez  
L’homme transforme son corps en paysage et le paysage en corps, il construit pour se construire des perspectives et des demeures, imaginaires ou virtuelles, à l'intérieur et à l’extérieur de lui.

Toute représentation du corps comme « paysage » ou comme « visage», n’est toujours qu’une représentation au théâtre des mots, qui est aussi le lieu des maux et des symptômes …, telle une certaine « image de soi », avec son identité propre, ses creux et ses saillies.


La psychothérapie, la relation d’aide, aide l’argile à prendre forme ; pour unifier le tout, afin que visages et paysages forment comme une création unique.

 

En ce lieu de « La Parole », je n’exerce pas le métier de psychothérapeute, je ne pratique nullement la « relation d’aide », mais plus encore, je tente de vivre une véritable « relation d’être » à travers des partages, des passages, des confrontations avec le réel, qui sont toujours d’extraordinaires moments de rencontre.

Chaque personne y est comme un beau paysage à contempler, un itinéraire à suivre à la carte, au pas, aux mots et aux gestes prêts, d’aise en malaise, à travers la roche, l’os, l’eau, le feu, la chair, la terre …, le visage s’y fait vision, le corps s’y dit paysage, s’y grave, s’écrit, se calligraphie au contact de l’air.


Un regard en ravine, où les larmes ont tracé des sillons larges comme des mains, et sur le front comme des guerres qui ont laissé là des chemins en bataille.

Des routes de campagne incarnées, des chemins abrupts de montagne, des histoires écrites sur une peau rocailleuse à force de travail, tellement de travail que la peau s’éclate au fil des souvenirs, comme sous le soleil de midi.

Des images, des familles, des deuils à faire, des décisions à prendre, des regards comme des sites ; et à perdre haleine, des montées escarpées, et au sommet de la peine, de la démarche, une vue imprenable sur la vie, sur l’amour et sur la mort.

Au premier plan, il y a parfois un père, la mère, la fratrie, dont l’ainé malade, le cadet alcoolique, la maladie souvent présente comme un fantôme, le suicide de l’un, la folie de l’autre …, des paysages, des images, des visages qui parlent fort, ou des silences qui cachent des secrets et des drames qui se jouent en coulisse ou se trament sur scène ; des « je » que se tuent, des « nous » qui se dénouent, des sujets qui se libèrent, etc.


Des cheveux blancs étincelants qui disent le regret, une forêt en broussaille qui cache la culpabilité, un moindre mal qui cache le malheur comme un bosquet peut cacher la forêt ; un corps brisé comme un accident de terrain, un regard qui dit la honte, des faits divers, des difficultés à la pelle, des handicaps…, qui soulignent les méandres d’un paysage
Et dans l’œil, cette lumière bleutée comme un ciel, cette main tremblante, cette bouche qui semble dire : « je suis encore membre des Vivants au-delà des épreuves ».

Et tout ce que ce corps paysage dit de l’être, de moi, de vous, de nous…, entre le langage de la voix, celui des gestes, attitudes, mouvements , tics et vieux réflexes... est toujours signifiés toujours signifiants.

Ainsi défilent des panoramas sans pareil, toujours uniques, incomparables, comme le sont les sept fois soixante-dix-sept fois Merveilles du monde.
  Jo Hubert

 

Introduction aux "Chroniques"

Chers amis et amies,

Ces 365 petites histoires au jour le jour (historiettes poético-psychologiques), forment un tout, comme les différents nœuds qui ordonnancent nos vies, nos relations thérapeutiques ou tout simplement humaines.
Robert Varlez  
On pourrait estimer que cette fonction de psychothérapeute est incompatible avec toute démarche poétique ; le praticien « clinicien » doit-il s’abstenir d’écrire sous prétexte d’une fonction qui l’étiquette, de protocoles qui lui collent à la peau, de déontologie ou d’éthique ? Toute la littérature psychologique et analytique prouve le contraire ! Les cliniciens sont souvent de grands bavards aux buvards tâchés de réflexions diverses, d’inlassables « écrivants » en leur qualité de grands analystes et observateurs d’une humanité en souffrance quand ce n’est en question.

Il sait aussi se faire un homme de silence, un vrai contemplatif, dans les landes des regards partagés. Mais si le clinicien est avant tout un homme d’écoute et de parole, il est aussi un homme de l’être et de lettre si l’occasion se présente à lui.

Hippocrate me pardonnera bien ces quelques « variations poétiques » sur les relations entre accompagnés et accompagnateurs ; passagers et passeurs aux gués de la vie et des difficultés vécues.

 

De partages en passages, pas à mot, dans tous ces lieux humides de larmes ; pas à mots aux méandres des souvenirs tortueux, pas à mots des caves sans air et des greniers sans lumière …, mots à mots, les chemins de guérison sont des chaussées solitaires toutes pavées d’intentions, parfois mauvaises, souvent bonnes.

Ce pèlerinage vers soi-même est une marche lourde de choix, de lieux clos qu’il faut entrebâiller, de labyrinthes fétides, de portes fermées à triple tour, de couloirs étroits au fil tendu des déplacements abrupts, des grandes questions, de deuils multiples, de ruptures et de seuils dangereux.
  Jo Hubert
Que l’humour et l’amour tracent dans la neige ou le sable, dans la bonne terre ou entre les paupières ouvertes, comme un double sillon ; deux lignes parallèles où marchent ensemble l’un et l’autre vers eux-mêmes, ces compagnons d’infortune, liés par le serment, fragiles et humbles dans les rocailles et les orties.


 

Que « la poésie » comme lieu privilégié du langage, des mots de passage, se fasse l’écho d’une double voix en voie de création , trouée de l’être et récréation à la pointe des mots, à porteplume redondant, à langue déliée, à mains déliées, à peaux dénudées, à échanges vifs et crus …, soit le vivant témoignage que cette « cure » qui est avant tout « une cure de parole ». Une parole qui se donne librement pour donner le verbe et se libère pour libérer l’expression de la vie même, à même les maux les plus vrais, tels d’authentiques cristaux du Logos.

Les mots pour se dire, c’est le « bon à tirer » de la vie, qu’il nous faut signer pour avoir la preuve au saut de l’épreuve.

Hippocrate me pardonnera bien cette ponction de moelle à la force du stylo bille, ces transfusions d’encres dans nos veines fragiles, nos porteplumes pliants jusqu’aux paliers du papier, nos jets d’encre et de sang échangés fraternellement, ce bouillon de matière grise dont on fait les brouillons de l’amour et de l’existence.
  Jo Hubert


En principe, il est formellement interdit, en tant que psychothérapeute, de divulguer les secrets de nos patients et de parler de leur vie privée en public ! Sinon, gare à l’Ordre et au désordre !

Terre a peux, je suis avant tout une terre à travailler, un artisan du langage, brave paysan entre les braves, en son cas binette (Al binette) à alléger les bonnes terres grasses d’une humanité qui se cherche en lui comme ailleurs. Ces chroniques de psychothérapies concernent donc aussi la mienne ?

Car en réalité, diplôme, expérience, analyse didactique, le tout, clé sur porte, passe-partout en main, une thérapie n’est jamais terminée – est-elle réellement commencée ? Qu’en est-il de notre chemin à tous ? Sinon des chemins de traverse qui se rencontrent, se tissent et s’entrecroisent au fil des rencontres à la recherche de l’Éternel Amour.

Il y aurait probablement bien d'autres choses à partager, de toutes ces aventures au pays de l’être, de nos extraordinaires passagers, de nos échanger de béance en séance, mais cette introduction ne fait qu’effleurer un sujet aussi vieux que le Monde : Comme guérir de notre manque d’amour et de notre peu d’humanité.

Le vent effleure le cerisier du Japon pour saupoudrer tous nos chemins de pétales rosés.

Bien amicalement.

Roland

CHRONIQUES DE PSYCHOTHERAPIES


Cette patiente me dit qu’elle rêve de moi toutes les nuits. Heureusement, je ne la reçois qu’en pleine journée, rideaux ouverts, lumière allumée, pour faire fuir ses vieux démons.

Jo Hubert  
J’aime les artistes, celui-là sculpte les bûches, des rondins dont il fait flash de tous bois. Pour décorer mon cabinet, je viens de lui acheter un billot de chêne clair, intitulé : « le penseur de rondin », j’aime ! Pour la fin de l’année, nous lui avons commandé une bûche de Noël en merisier.

Avec la crise, les patients se font raves et les psychothérapeutes végètent ! Avec tout « ça », mon fauteuil déprime de solitude froide, son cuir fripe, c’est « le complexe de l’épouvantail » ; alors pour lui remonter le moral et occuper mon temps, je pratique le capitonnage.

J’ai un patient tellement timide que nous ne nous sommes jamais croisés. Mais je perçois bien sa présence dans le froufrou des rideaux et le couinement du plancher.

Avant l’heure ce n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure ! J’ai un patient tellement impatient qu’il n’attend même pas que j’ouvre la porte ; quand je tourne la clenche, il est déjà trop tôt ou bien, dans l’entrebâillement, il est déjà trop tard.

 

Dans la salle d’attente, j’ai planté un b.a.-ba livré d'Afrique tropicale, et sur la table basse, mon épouse a déposé quelques exemplaires du Petit Prince en guise de mode d’emploi, un Bic, pour ramoner les volcans et une paire de ciseaux pour couper les branches afin qu'elles n'envahissent pas trop notre planète.


Freud, Lacan et d’autres, s’exprimait bien au sujet du président Schreber. Depuis que je reçois en thérapie le président O., la décence nationale, le FBI, la CIA et la NSA, etc., secrète défense oblige, ont mis mon téléphone et ma machine à écrire sur écoute. La preuve par le fil que je suis bien « un homme d’écoute » !
  Robert Varlez

 

Entre deux accompagnements, j’aime déposer quelques mots sur la plage, quelques impressions sur la page, comme les traces laissées par quelques mères inquiètes, un père absent, un fils en souffrance, une adolescente en crise…, et puis je laisse la mer emporter dans son reflux les traces délétères toujours solubles dans l’eau salée.

 

Jo Hubert  

Il avait peur de tout et le criait sous tous les « toi », les « tu », les « Je », les « nous », les « on » …, que les prédateurs étaient lâchés et que les chiens aboient toujours quand la caravane trépasse. Que les traces se font nuit sous leur vrai jour … Pour apaiser sa paranoïa, il ne me restait qu’une chose à écrire, sur le sable fin du salon : « Au coucher des paupières, tu es l’aimé, tu es l’unique ». Alors, paisiblement, à l’horizon, le soleil pouvait se

 


M., cuisinier, 33ans, rêvait de se faire crucifier avec des clous de girofle sur une grande croix de cannelle. Je reconnais qu’il sentait bon la muscade et goûtait le pain d’épices, et à chaque rendez-vous, il laissait durant des jours des effluves subtils dans la pièce. Comme prescription, je lui ai plutôt conseillé de noyer son chagrin en se faisant tisane.

Quels que soient son âge, ses difficultés, son vécu, trouver coûte que coûte, quelqu’un à qui parler, à qui dire que la vie est cruelle, que l’hiver est trop blanc et les nuits bien trop noires ; parler de tout, de rien, au point qu’on se croirait parfois dans un cercle de poètes anonymes se jouant, en toute confidentialité des maux, avec des mots authentiques, brillants comme des cristaux de neige.

420 caractères pour dire l’humanité en marche ; dire la tendresse, la souffrance ou la joie ; c’est bien peu, quand la parole et l’écriture veulent déborder la marge et se rire des silences ; se faisant avides avec le vide et tristesse au nœud des épreuves. Fierté de l’être, haine au nez du vent, amitié au fil de l’eau, jalousie, amour, quand monte la sève dans l’arbre de vie. Honte et remords, pitié et colère, déception brutale, culpabilité, admiration, peur d’être, dégoût de soi ou de l’autre.

Ancien prof de logique, N., a pour habitude de me proposer durant la séance de faire une partie d’échec. Les blancs jouent le premier coup ; il avance un pion, j’avance une idée ; il déplace une pièce, je propose une image ; le long d’une ligne il déplace le fou, je métaphore, je parabole, je conte…, j’accueille ses transferts en évitant la confrontation. Entre nous, il y a toujours de l’espace pour se dire, l’ « échec au moi » n’est jamais de la partie. Sur l'échiquier, il y a toujours deux enfants, deux gagnants les yeux tout pétillants.

Pour nourrir sa curiosité, cet homme de 50 ans lisait tout, s’alimentant de philosophie et de littérature ; se ravitaillant de bibliothèques en médiathèques, s’approvisionnant aux supers marchés de la culture, à grands frais, dans tous les domaines des sciences et techniques. Comme les revues et es journaux, toutes ses journées y passaient, sans qu’il prenne le temps de lire une seule fois entre les lignes de sa propre vie.

Pour gagner du temps, j’ai accroché au mur du cabinet une pendule à remonter les souvenirs. Souvent, il m’arrive de descendre avec eux jusqu’à la plage, pour y retrouver les traces infâmes de châteaux piétinés par des pieds abusifs. Après l’entretien, dans le bac à sable, il m’arrive souvent de ramasser quelques coquillages qui se souviennent du temps où l’enfant était une fleur fragile…

 

Il aurait aimé que l’on puisse le désimprégner de ces expériences heureuses aux conséquences
malheureuses. Il aimait trop caresser le velours des mots, les belles images et les belles choses … ; tout « ça » disait-il, lui venait de l’enfance ; pas sous forme de traumatisme, mais de souvenirs délectables, comme le contact de l’eau tiède aux limites du feu. Frisant l’interdit avec ses doigts de fée ; cette compulsion ne s’arrêtant pas là, il voulait arrêter.

Cette jeune fille entrait dans mon cabinet en passant platement par la boîte aux lettres. Depuis quelques années elle refusait de s’alimenter en raison de certains conflits familiaux ; elle me parlait de l’éveil de ses pulsions, de ses craintes d’être abandonné comme un paquet à la poste, de sa nostalgie d’un passé innocent ; ayant été jusqu’à coller un timbre sur sa voix pour que j’oblitère à coup de cachets ce qu’elle me racontait.

  Robert Varlez
Après plusieurs tentatives, cet huissier de justice a de nouveau essayé de mettre fin à sa vie à coup de sommation, citations, ultimatum, rappels et autre contentieux. Heureusement, il aime la vie et que ses jours ne sont pas en danger ; seules ses nuits m’inquiètent ! Ses rêves sont toujours peuplés de sans domicile, squatters d’habitations hantées, de fantômes revenants pointer dans son bureau, de chômeurs zombiesques.

 

Qui sont ces femmes et ces hommes qui viennent pour la première fois s’assoir en vis-à-vis avec confiance ou défiance ? Entre nous, pas de bureau, mais la mer avec ses vagues à l’âme, ses flux et reflux d’émotions …, il y a en chacune, en chacun, des horizons illimités à 360° de bonheur, des galions entiers aux trésors cachés, des îles où il fait bon vivre, quelque chose d’infini et d’unique au point que la pièce semble vide sans eux.

C’est vrai que beaucoup d’exhibitionnistes se dévêtissent ! Mais la plupart de ceux que je rencontre en thérapie s’habillent plutôt de symptômes étranges : d’activités les plus diverses, passe-temps, diplômes et autres lauriers, statuts, lois, fonctions sociales, de maladies souvent, d’expériences multiples et de croyances aussi … mais où est l’homme, la femme derrière tout cela ? Que sommes-nous au-delà de l’égo ? Qui suis «je », qui est « nous », « on » par delà les mots qui nous définissent ?
  Robert Varlez


Cette dame d’un âge respectable se méfiait corps et âme de tous les hommes, jeunes et vieux ; à poils, à moustaches, à plumes, à barbes ; se défiant depuis toujours, jour et nuit, des hommes au foyer, des hommes du monde, des hommes du peuple ou d'État, des hommes de lettres, de loi, de guerre, de main, d'affaires, d'Église et même de paille ; mais avant tout, de tous ceux qui ressemblaient un peu à son père.

Il parlait tout seul dans la rue, au grand dam des quidams, et parlait aussi tout seul chez lui comme au travail, à la grande habitude de ses proches ; ayant enfin retrouvé 20.000 lieux sous les mères, un abysse de paix et de silence bienfaisant, dans mon cabinet, il ne disait mot, regardant seulement ondoyer les méduses au plafond, et miroiter les rais de lumière aux sillons du parquet de chêne.

 

Robert Varlez  

 

Voyage au centre de la mère, de l’enfance, de la vie …, les divans s'ils pouvaient parler en auraient des choses à dévoiler, et autant à dire que les confessionnaux ou les cellules capitonnées ; c’est pourquoi j’ai délibérément choisi en guise de canapé, de ne prendre chez moi, ni causeuse, ni sofas trop canapeux, pour me résigner à un simple tabouret à trois pieds afin d'ex traire les souvenirs de nos Voies lactées.

 

À l’extérieur, on la nommait « le sapin de noël », sans Madame ni respect aucun. Elle était pourtant un vrai bijou, une perle rare d’humanité, un trésor de gentillesse exquise, une beauté cachée et une chaleur, dont on aurait effectivement aimé embellir ses amitiés les plus sincères, surtout au moment des fêtes quand il fait froid dedans. À ses obsèques peu de fleurs et de présence, mais elle était là, bien là comme un trésor enfui.

Voyants, médiums, spirites et mystiques de tous poils, défilent matin et soir dans mon cabinet. C’est à cause du bouche-à-oreille et de la plume à l’aura dans les grandes sphères astrales et les couloirs encombrés de l’esprit, que je me suis fait cette clientèle de fantômes blafards et translucides, en quête d’incarnation et d’amour inconditionnel.

 

Pour acheminer vos rêves à bon port, j’ai ouvert ma porte à tous les vents et à tous les murmures de ventres; du bout des ongles, j’ai griffé la nuit pour arracher un peu de lumière. En terrain miné par d’étranges rumeurs, j’ai tendu une oreille attentive, comme on tend la corde affinée d’une cithare, dressant l’antenne au murmure des anges.

J’ai tenté, de toutes les tentations de l’existence et de tous les tentacules de mon être, de percevoir, au mur de l’oubli, quelques gouttes de vos souvenirs, et pleuré avec vous dans les sables mouvants et les terres arides. Mourant ainsi à votre passé pour vous voir peu à peu renaître à l’avenir ; dressant ainsi les pierres d’un autel pour un futur veilleur de meilleur avenir.
  Jo Hubert

 

Quel bonheur, d’ouvrir sa porte à de nouveaux visages, aux grands traits burinés par les à-coups du temps ; sourires, rides à décrypter et signes à décoder ; des frimousses espiègles, des ratures colériques, des marques de tristesse, des visages qui sont des livres précieux à ouvrir délicatement, tels les manuscrits de la mère morte, du père absent, du fils prodigue …, lardés de cuirs, relié de fils rouge, calligraphiés avec passion pour raconter l’épreuve et la traversé du désert.

Elle désirait pouvoir parler simplement, être écoutée vraiment, juste pour raconter les grands passages de sa vie entre l’enfer et le Ciel. Les yeux comme une peinture de Monnet, un visage dessiné par Corot, elle semblait sortir de nulle part, de quelque musée perdu ou d’une impasse du cœur de la ville. Sirène sans domicile fixe, dessinée par un génie du trait, une estampe névrosée, juste un état limite entre l’univers du corail et celui de la rue.

Telle une antenne en forme de miroir parabolique, cette petite fille, avec sa prothèse en bouche, semblait capter toute la tendresse et la violence du Monde. Épluchant son journal de vie comme on épluche un oignon, clignant sans cesse des yeux et à grand coup de langue ravalant ses larmes, elle savourait la vie, oubliant l’instant durant, les malheurs passés, pour dire ses rêves les plus fous. Son enfance était déjà comme un long récit allégorique, sous lequel se cachait un enseignement millénaire : l’AMOUR EST PLUS FORT QUE TOUT !

Il fait la manche comme d’autres voyagent entre Bruxelles et Londres ; en compagnie de son chien sans laisse, il joue de la guitare sans corde, dans les piétonniers de la ville, en chantant de sa voix rocailleuse comme les chemins de Compostelle : « je suis un zéro star, un zonard marginard et mieux vaut un euro tard que jamais ! ». « Ma vie est un tunnel où pointe une lumière », me dit-il.