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Lèse-Art Re-Mue

RE-MUE revue littéraire des lézards en mutation permanente.

Chaque mois, RE-MUE donne la parole à un nouvel invité

  N °4

 

Le numéro 5 de ReMue, à paraître le 1er février, aura pour invité

Yves Béal, Poète, auteur, animateur d’ateliers d’écriture

 

     
 
 

 

Ainsi ciel requiem…

 

Elles sont là depuis l’aube, sternes de retour du nord. Elles parlent de départs, de saisons qui passent, d’une terre qui traîne ses trous noirs, ses défauts de mémoire, ses failles, ses pièges, ses cages. Elles parlent à voix libre. Ainsi ciel requiem désir rendre à la terre. Rien se taire se tarir source et ses nerfs…

Elles sont prêtes sur le fil, sternes à se dire en silence au bord. Sentinelles vigilantes, gardiennes entières, résidentes d’azur, elles inscrivent pour qui sait voir à flanc de ciel plus qu’un essaim d’énigmes. Pas pour elles. Ainsi ciel requiem désir rendre à la terre. Rien se taire se tarir source et ses nerfs ne traine je barre l’air de mirages et mes rives rivières savoure le mat de chaque mot inscrit en terre…

La nuit glapit ses siècles, et nous, mutiques, hérons dédaigneux, à nous croire héros, laissons sous la faux, et le col et la patte : la vie, carafe trouble, sa lie seulement soulignée, entre ce qui saigne et ce qui soigne. Que l’on me verse dans la gorge ce qui demeure des larmes une fois l’amour bu. Ainsi ciel requiem désir rendre à la terre. Serrez oiseaux de votre ombre d’ambre le sabre au centre des rangées d’angles jusqu’à nous faire cesser de nous penser propriétaires.

Rien ne retient mieux l’homme que la serre qu’empressé, il serre sur ses pensées. Ne reste alors sous la herse que la paresse de vieux rêves, ergots d’innocence, excroissances de candeur, et le courroux parfois qui nous pousse aux armes et réveille cette hyène honteuse à jamais tapie dans nos ventres. Ainsi ciel requiem désir rendre à la terre.

Rien n’agrafe mieux les étoiles que vos yeux qui ne servent les rêves qu’au revers de vos becs et nos lèvres pourtant à peine sevrées du lait d’Eve. Fragile, le roseau n’en est pas moins prédateur de l’herbe sauvage. Ainsi ciel requiem désir rendre à la terre. Rien se taire se tarir source et ses nerfs…

Yves Béal
Ciamannacce, 15 août 2009
A paraitre dans Soleils &Cendre « autopsie d’un monde fini »

 
     

 

 

 

 

 

 

Le lave-linge

 

La pluie parfois arrête sa ligne de perforation du monde juste devant mon lave-linge.
Je ne sais ni pourquoi je parle de la pluie ni pourquoi du lave-linge. Peut-être le bruit sur les tuiles pour l’une et le ronronnement lointain dans la nuit d’une salle de bain pour l’autre. Peut-être un temps de chien et l’enfer de la rue d’un côté, et de l’autre, le bouillonnement et la vidange.
C’est sûr, il y a l’eau en commun. Et mon assoupissement aussi, mon endormissement, ma torpeur, ma somnolence dans la déflagration du monde.
Le lave-linge est un objet aussi bavard qu’une averse, aussi prolixe qu’un orage, aussi engloutissant qu’un vagin, aussi ingénu qu’une sphinge.
La pluie, ce soir, s’est arrêtée juste à l’orée de mon lave-linge. La terre a soif. Soif de justice et d’égalité, d’argile et de lilas, de matin tendre sous le seringa.
Laver son linge sale en famille, dit la voix populaire. Mais où est la famille ? Qui fait aujourd’hui dans le pays partie de la famille des humains de France ?
Une fois lessivé, le beau linge des beaux quartiers peut à nouveau s’étaler, se détendre, étaler strass et paillettes entre Versailles et le Seizième, entre Cannes et Neuilly sur Seine.
Ailleurs, microbes, bactéries, saletés, souillures, difformités… sont balayés, liquidés, sortis du blanc, mis au ban, exclus de l’habit…
Pourtant la corde est fragile lorsque ses conditions d’usage érodent son fil. Et un rien peut tout changer - ainsi la neige devient feu -, un grain peut enrayer l’engrenage – ainsi l’océan se fait rebelle -, un coup de vent et tremble la belle administration. Et lorsque la machinerie automatique devient désinvolte face à la souffrance, refuse de regarder ces vies qui cassent, exclut de faire tambour arrière, de céder à l’émeute de la matière, alors le lave-linge se fait karcher et le sable misère et la misère racaille.
C’est la grande lessive des rêveurs, ceux qui ne veulent pas se taire, ni se terrer honteux dans leur essoreuse à banlieue.


 

Yves Béal, 21 mai 2007
Paru dans l’anthologie « La poésie est dans la rue »
Edition Le temps des cerises 2008

 

 

 

 

 

     
 
 

 

 

Tout bruit de vivre c’est juste ce que je peux capturer et rendre. être l’amant fertile de tes yeux. je sais ton regard au bord de la rature. je sais entendre le souffle court les ventres épars les éclats de tendresse. je connais encore les cœurs en crue et ton débordement d’ivresse. je crains parfois que tu ne plies tes sens au battement d’horloge de mes syllabes, que tu alignes tes bleus au comptoir de la nuit. blanche est ma terre mais toujours mouchetée de désirs et de bribes d’humain jusqu’à te faire sentir que c’est l’un des tiens qui s’est fait bûcheron des mots, des sentiments, simplement de cette éternité éphémère qui me supporte. tout bruit de vivre c’est juste ce que je peux capturer et rendre.

 

Yves Béal – inédit – 13 juillet 2006