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Lèse-Art Re-Mue

RE-MUE revue littéraire des lézards en mutation permanente.

Chaque mois, RE-MUE donne la parole à un nouvel invité

  N °4

 

Le doigt dans l'encre-nage

 

......Charles Dutilleul

Titre :
De la pierre soluble dans les eaux du plaisir.

Titre en souffrance :
Clara et le vampire lactophile.

 

Clara et tous les petits vampires qui essayent de lui téter les nénés. De la pierre soluble dans les eaux du plaisir. Pour Tessa ma nouvelle fiancée. De la corrosion des illusions.  

Je dédie ce livre à Clara de la part de son petit Charly adoré. A toutes les autres filles, à mon père qui me regarde en son monde. A Tessa la louve apprivoisée, ainsi qu’à toutes les mouettes du canal véritable steak volant que Tessa regarde avec avidité.
De Karl qui sans pinceaux ni toiles cherche les fleurs à cueillir en ce monde

Vu de l’extérieur tout petit il aimait à peindre des dames toutes nues en circonstances de nuances extrêmes. Regarder les distances capables de construire par évaporation et décantation, semer et regarder les fleurs en pleine croissance. Chercher de la terre afin de lui donner des formes volontaires. Mais en une force centripète il veut entraîner en ses écrits tous les morceaux d’étoiles à rencontrer sa vie

 

Prière pour une arracheuse de dent.

Heureusement elle sait bien faire les piqûres anesthésiantes cela lui évite de supporter les cris de douleurs de ses patients, la charge d’une fanfare afin que tout le monde s’amuse, mais aussi les retours vers son petit cœur.
Elle fait partie du corps médical, le genre de profession dangereuse ou il en faut d’aller explorer les profondeurs de l’âme et de la souffrance extériorisée en nos petits corps à vivre leur vie sur cette terre.
Comme par exemple, le psychiatre à plonger à l’élastique, pour tenter d’extraire la pierre de la folie dans les profondeurs gluantes de nos matières cervicales !

Comme je suis un vampire au chômage pour cause de destruction totale de dentition ! J’affronte chaque matin toute la complexité des chemins qui mènent à son atelier.
Le soleil au-dessus de moi à ne pas savoir ou il dort, car il se réveille toujours en sens opposé, à bouger tout le temps dans le ciel comme un sujet frappé de réactions thermonucléaires. Changer d’avis sur la notion d’éclairage. Ecraser selon folies toute notion de détermination.

J’aime à ce qu’elle m’arrache les dents comme une libération, les preuves d’un passé en chute dans la poubelle. Je n’ai pas confiance au paléontologue capable de deviner ses propres histoires d’un seul coup d’œil.
Elle est comme goutte de miel, on va me dire que les vampires même s’ils sont au chômage, détestent les gouttes de miel mais il s’agissait juste de regarder les paysages étonnamment structurés en mouvance en sa transparence. Toutes les questions enfermées en d’autres questions à tenter de respirer.
Il s’agit de prier pour elle, pour son aide à la rédemption, car nul n’a dit que le dentier amovible fabriqué de ses mains concernait le monde de la nuit.

Reste à lui signer son bon, certifié conforme, pour son temps au paradis, le reste je lui fais confiance car elle sait très bien faire les piqûres.
Titre sans recours.

Jours sans mots. Résurgence de la dictature du vide. Construction pour contes à dormir debout. Amour et moyens impossibles. Ne pas de se faire dévorer. De l’incommensurable. Ne dire et ne rien dire. Paroles dissoutes en circonstances. Puis aussi tenter de lui parler.

Pas bon de tenter de parler une épée de Damoclès à trancher les deux hémisphères de ma cervelle. On va me dire la force maintient ma colonne vertébrale en droiture. Pourtant goutte de miel n’arrêtais pas de m’ennuyer dans la cour de récréation, à me dire mots que je ne comprenais que quarante-huit heures après.

C’est ainsi que pour échapper à ce désert de page blanche, les deux fils narrateurs enfoncés dans les trous de nez. Je prends le temps de la garnir de petits lapins de m’éclipser afin que choux et carottes posent les points sur leurs I..

 

Thi et sa guenon à téter le bout de ses nénés.

Tu me demande de le faire du premier jour de notre rencontre. Malgré la pluie et la tristesse potentielle, le temps de te répondre :
Au premier instant de notre rencontre je vais te regarder avec des yeux qui te vont au fond de l’âme. Puis de cette expérience j’en sortirai étonné, je sais que tu me pose cette question parce que tu as peur de ce que je vais faire avec toi. Tu te dis, peut être vais-je t’enfermer dans une cage en te donnant de la nourriture spéciale pour les Thérèses .
Fermer sur toi la porte du congélateur en ma cave pour te présenter comme la reine du surgelé Mais je te laisse à tes pensées, et compte t’expliquer en ce texte clairement ce qu’il t’arrivera en cet instant.

Je vais d’abord te donner un bisou, et le petit bruit que provoquera ce bisou, emporté par le vent de ce jour là, indiquera chemin à prendre. Je prendrai ta main pour suivre le chemin et t’expliquerai tout ce qui se passe. Je te montrerai un nuage suspendu dans le ciel sans ficelles, en l’angoisse qu’il puisse nous pisser dessus. Une girafe perdue en ses circonstances et un lion pris dans les affres de la faim à se dévorer lui-même.

Puis ensemble nous regarderons le soleil qui nous laisse toujours à l’exacte température à l’intérieur de nos corps c’est à dire trente-sept degré virgule quelques chose que j’aie oublié.

Puis tout en te tenant la main et je serais très content, car au travers elle, tu seras au plus prés de moi, alors en cet instant je te montrerai une maison et tout ce qui a en elle, des portes qui s’ouvrent et des fenêtres qui se ferment, des chaises, pour se ronger les ongles les nuits d’angoisses et des lits pour entrer dans la nuit quand on le désire
Puis sur cette même route un arbre à tendre toutes ses branches vers le ciel, à dire désespérément bonjour à Dieu. Racine au plus profond de la terre, à chercher là nappe phréatique emplie de poissons bizarres à nourrir nos pensées communes.

Et là en dessous de cet arbre je te donnerai un bisou sur le nez et cela va te faire loucher
De cet endroit précis, très haut des escaliers et je te tiendrai toujours la main pour les monter et écouter afin de ralentir selon ton souffle.

Là tout au-dessus nous regarderons la ville ta main sera dans la mienne, toutes les rues, toutes les maisons ou les gens qui nous ignorent tente de faire l’amour. Le soir en notre maison à nous, je ferai chauffer de l’eau pour te baigner les pieds fatigués par tout ce voyage et je les caresserai pour qu’ils se reposent. Puis tous tes vêtements, tu seras toute nue et les pointes de tes seins seront toutes dures et moi je te montrerai tout ce qu’il y a en dessous de mes vêtements. Puis nous irons nous coucher dans le lit à me serrer très fort tout en posant ma tête contre ton cœur et toi aussi très fort pour oublier la peur. J’écouterai les battements de ton cœur là tout près des horizons du monde entier. Les rumeurs, les pensées de tous les gens qui vivent et nous nous endormirons tranquille jusqu’au matin.

 

Autre chose.

Ce matin je me suis lavé les cheveux et les ai bien peignés. Puis je suis sorti sous le vent afin qu'il détruise tout ce beau travail au contact de l’apologie du désordre, ainsi il a nettoyé toutes les poussières en mon cerveau. Puis après, j'ai regardé les photos que tu m'as dites et qui sont de toi.
Ce qui m'a sauté dans les yeux c'est ta réserve ou alors un puits de souffrance caché en un endroit de ta personne avec un couvercle de ciment au-dessus. Comme en un livre sur les monstres qui se l’imaginent et qui pourtant doivent vivre cachés !
Tu m'as demandé de me marier avec toi, et de plus tu ne me pose pas de questions.
Comme si toute l'existence se situait dans les évidences ! Ce serait très amusant car nous pourrions nous promener, regarder les reflets du ciel étincelant dans l'eau, retourner des pierres pour voir ce qui vit là-dessous. Puis tu ne devrais plus jamais te laver car je nettoierai tout ton corps avec ma langue,  chaque jour.

Je ne suis pas sûr que les fous peuvent se marier, car au-delà ils ne le seront plus, ils vivront dans les évidences qui pour moi ne sont que le fruit de l'imagination. La vie tourne, actionnée par nos désespoirs. Les fous ne se posent pas toutes ces questions, peu importe le sens de l’abordage pourvu que l’action existe.

Mais pour moi autre chose, la somme de toutes les exceptions à surgir.
J’ai terriblement peur de mourir étouffé, d’une femme en mon lit à m'étrangler la nuit, ressusciter le matin en des réalités mortes où l'habitude des évidences a pris le dessus sur la vie.

J'ai terriblement envie de me promener dans ta tête et d'aller mettre mes mains partout dans ton esprit, je ne te traiterai plus jamais de délicieux morceau de viande, car je suis végétarien et en ce cas menteur aussi.

Ecris-moi plus, car les petits mots que tu m'envoie se transforment en papillons pour visiter les fleurs en croissance à se développer en mon cerveau. Bisous pour toi, partout ou tu existes.

 

De la pierre soluble dans les eaux du plaisir :

Cette nuit je dormais comme une pierre. Je vivais sans peur, sûr et certain qu'elle était enceinte de moi-même. Et qu'elle attendait le matin pour me déglutir, en donnant un peu plus de soleil en mon cœur.

En cette nuit, difficile d'imaginer les horizons, sentir l'espace temps. La lune en prenait de son temps pour parcourir le ciel, garnie de nuages à lui faire la cour. Tu t'es assise sur cette pierre, elle profitait de tes rondeurs, et du chemin qui commence de ton sexe et qui conduit à ton cœur. Irradie les moments de plaisir et de sensation vers les pointes de tes seins pour les transformer en cratère de volcans emplis des feux qui contiennent la terre.

Comme tu étais assise sur cette pierre à l’odeur délicieuse, tu as essayé d'en mettre dans ton ventre. Face au plaisir tu as continué car toutes les petites bêtes qui vivent là à l'intérieur de toi étaient très contentes de recevoir si bonne nourriture !

A force de manger, c'était toi enceinte de moi, je suis sorti de ton ventre tout prés de la mer en un endroit ou il n'existait rien sinon le ciel comme un brouillard à se dissoudre et effaçait les horizons. Du sable de la même couleur que le ciel, et la mer de la même couleur que le sable, le ciel se dispersait se concentrait en de petites gouttes d'eau au travers desquelles les paysages imaginaient leurs formes futures selon tes désirs.

Le seul guide, le flux et le reflux de la mer comme un battement de cœur qui nous indiquait le chemin à suivre.

Puis comme tu n'avais rien, tu étais toute nue, toutes les petites gouttes d'eau à tomber du ciel, donnaient la confusion de la terre de la mer et du ciel elles se collaient à ton corps pour former des rivières, elles suivaient tous les chemins qu'indiquent tes sillons et les contours de ton esprit tourné vers le plaisir de recevoir tant de lumière diffractée.

 

Illustration de Charles Dutilleul.

 

     

 

David Laurençon.

 

 

CECI N’EST PAS UN ARTICLE


& vivre au jour le jour, & considérer que dormir c’est fait pour les ploucs et les paresseux & être un étudiant brillant sans le sou qui VOLE des livres & écrire avec une machine à écrire électronique Brother AX 2010 & jeter un œil sur les dernières publications de Gallimard P.O.L Grasset Consorts avoir la nausée et quitter son studio du jour au lendemain parce qu’avoir un toit c’est trop cher et des trous dans les murs et la moquettes est brûlée cigarettes écrasées bouteilles de vin renversées de toute façon récupérer la caution même pas la peine d’y penser & dormir dehors et téléphoner à des copains, juste pour une nuit, et une douche, mais bien sûr tout le monde est effrayé fallait assurer je peux pas t’héberger & se relever et une fille gentille qui aide mais le speed effraie encore et encore mais toujours jeune écrire un scénario trouver un producteur et tous les moyens techniques et humains et passer pour un drôle de personnage je pouvais faire un film en trois jours mais tous le monde s’évapore le succès d’estime c’est pas tout ces fils de pute se servent de vous et fonder une maison d’édition et tellement rencontré de bâtards basta JE FAIS CE QUE JE VEUX
Oh quel courage, ouais je sais pas, c’est pas du courage c’est juste que vous me faites chier,
Hey, c’est pas comme ça que tu réussiras,
& dire, ah, ouais, je t’emmerde pauvre branleur, & développer l’UP-TIGHT, et ça fonctionne, dirait-on, et je passe sur beaucoup de choses qui en auraient découragé plus d’un ; écrire, lire, découvrir, s’entourer des talents les plus déjantés et talentueux artistes, car ce sont les seuls avec qui l’on parle la même langue et à deux doigts du but se faire baiser : découvrir des auteurs dignes de ce nom et TOUT DONNER et se retrouver à l’avant-veille de son anniversaire et se rendre compte qu’aucun salaire ne tombe et que l’Etat représenté par des lilliputiens problèmes administratifs vous n’avez plus droit aux aides financières vous n’avez pas fait les démarches nécessaires vous êtes salarié (MAIS NON JE NE SUIS PAS SALARIE !!!) et pas la peine d’expliquer à cette salope frustrée quoi que ce soit elle regarde l’heure 16h moins 5 dossier bloqué, & sortir et fouiller ses poches et se saouler et se masturber visionnant une scène ultra-violente & sadique, la fonctionnaire défigurée à coups de poings et donner des coups de butoir dans son vagin, et frapper sa gueule encore, le sang doit continuer de couler, m’enfoncer dans le trou de son cul et l’entendre souffrir, avoir mal, ça lui passera.
Je tremble et tout mon corps tremble de manque de sommeil d’excès pour supporter l’ineptie ambiante.
J’ai faim.

 

-Confusion- Popofe

 

     

 

 

Bestiaire 1

La Lauralitude

le rat a-t-il déplié ses épates et débouclé ses moustaches
hors de son trou de sous rire ?

Habillé de sang jupe en se dé-robant aux volants et préférant l'éternel Jean frise avec glace mais sans citrons trop risqués pour masquer son côté Cendrillon... entre deux gammes de couleurs d'œil ou de sons voilant le léger haut du corps beau.

Les games de tout bord, avec ou sans goût-leurre (ailleurs, l'égout et les couleuvres !)
sont ou non des "games over".

L'heure a privé l'horloge de certaines secondes de temps masqué entre deux
interstices de temps tentant confirmant une probable quatrième dimension
et *tant va la cruche allo qu'elle se case si elle perd quelque Graham et pourtant qu'elle soit Bell ! Dans ce cas, il faut temps-léphoner.

L'aura flotte-elle entre deux mondes : l'un privé et l'autre privé privée ?
C'est private joke sans Joker pour de toute façon une jeu de cartes sans As.

L'or a tenté une rencontre d'argent mais sans côtoyer le bronze et le tout s'en est étain
comme un métal ferreux sans pour autant ferrer le sabot du cheval des ondes du ventre humide rimé et rivé entre sel de langue et plage rêche comme un "étant" de liberté
origin-elle...

L'eau rare de Laura est allée à la recherche de la lame sans larmes et s'est taillée une transe de vent sans épithalame : chant nuptial sans nu dit, thé à l'amante et trop martial pour que Vénus rejointoie Mars. Ou, à la renverse. Où ?  A terre à lit ou à mousse-humidité. Chatoie Mars-t-elle ?

L'orage de Laura est à l'eau sans les herbes fleuries dans lesquelles s'ébattent deux limaces sans glu en dessous du sommet du ciel de lit.

Laura ira-t-elle à l'eau sans ire comme l'aragne comme l'atèle, ce singe-araignée qui hésite entre féconder le ciel ou le sol et qui sans soins précis hésite éternellement entre la tête de ses pieds de danseur du vide ou les pieds de sa tête et, qui se gosse d'attelles imaginaires... Comme un simple enfant fâché ?

L'ô râle est par trop pas assez vocatif pour faire une vocation de sa gorge comme une glotte sans glose mais résumée à ses deux montagnes à tétins dont les tétons sont tentants mais patentés d'une marque de fabrication avec label mais sans labelle de la fleur de l'instant mouton qui fait la douceur de l'haleine des amants sans haine : c'est La Bêle et La Bête.

Pourtant chaque jour est bon pour jouir dans le près, dans le pré, sous ou non le cyprès, soûls tout deux sans souder pour au temps en d'abord dégustant la salve de tes cils comme la caresse de l'ébauche avant que je ne t'installe au sol avec une clé de fa qui fera des briques dans ton ventre-maison tout-terrain dont la suite de tes cuisses fauve te feront régurgiter une symphonie d'agrumes comme tes lèvres pour duo de musique de chambre en sceptre, en septuor, en sextet pour instruments à bouche avec clavecin bien tempéré.

Chaque jour est bon pour la Muse si tu bois la vie sans hic.
Laura, ouvre ton loquet !
La musique est sans hoquet sur le lac si tu te disloques ou déloques dans le luxe sans le lucre.

La lune te dit
Le marre dit
L'âme erre crue, dit
Le je dis, mmmm
Le vent dru te dit ?
Moi, ça me dit !
Si oui : je dis « manche ! »

De Vénus à Mars ça répare :
ainsi, honorent-ils le jour de la vie,
le seul jour de la semaine avec le lin pour
toute couche sans lin seul.

Patrick Phrases d’Ailes  (Patrick Fraselle)

(* avec la collaboration sémantico-praticienne de Jo Hubert)

 

le-lord-bache -Mido-
 

 

 

 

 

Jacqueline Fischer

 

La résolution

Ravie, elle secoua ses cheveux en tempête
Fit sortir l’œuvre du néant
Ecrivit la suite pour les jours meilleurs
Les plus importants car on ne les trouvera jamais
Elle cria à tous la délivrance et le remède
-  Vous croyez tout avoir tout posséder
Dans la touffeur de vos objets
D’autres se noient
Il ne faut rien chercher
Ou nourrir en soi la joie de la quête
Il ne faut rien trouver rien garder
Perdre et recommencer
L’eau avait dit marcher
Les yeux bandés comme l’arc sur la vérité
Devenir l’hospitalière de toutes faiblesse
Faire jaillir la joie de chaque personne chaque objet
Et en ouvrant les mains regarder défiler
Leur route à faire.

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Estampe numérique de Jacqueline Fischer.

 

 

 

......Josiane Hubert

METRO.


Sur le quai du métro, flottent des germes d’émotions fugitives. On les attrape comme des microbes : il suffit de respirer un peu fort, de tendre l’oreille à la conversation des voisins et hop ! l’émotion s’introduit dans votre système.


Ce matin-là, j’avais la tête à l’orage et je cherchais l’inspiration en voyageant. Cela faisait des semaines que je n’avais plus rien écrit, il me manquait un personnage. A la station du Midi, les haut-parleurs diffusaient « Yesterday ».


C’était fatal : j’ai chopé un début de manque affectif. Aïe, aïe, aïe ! Quand j’en ai pris conscience, c’était déjà trop tard, je le sentais à mon regard qui se laissait attirer par tout visage apte à se laisser aimer.


Je suis montée dans la deuxième voiture et la rame venait à peine de démarrer quand je me suis aperçue que j’avais laissé sur le quai un morceau de mon innocence, accompagné d’une tache de naissance. Même pas la peine de descendre à la prochaine station (rue Saint-Esprit) afin de rebrousser chemin, je savais bien qu’on me les aurait pris. J’en ai eu les larmes aux yeux, c’étaient des cadeaux de ma mère, parmi mes biens les plus précieux. Zut ! Le manque d’affection ne faisait que progresser, je le sentais qui s’infiltrait dans mes recoins les plus secrets. Zut et rezut ! Un homme à lunettes est monté, il portait une barbe blanche et des gants noirs. Derrière les verres épais, son regard était tout brouillé, c’était juste ce qu’il fallait pour alimenter le mal qui me consumait.


Entre lui et moi, une femme d’un certain âge faisait écran de son dos rond mais par-dessus son chapeau de pluie, je croisais le regard humide de l’inconnu qui me fixait (tout comme on fixe un papillon sur son support, en le tuant). A l’arrêt suivant – Prince d’Orange – un siège s’est libéré et je l’ai recolonisé. Du coup, je me sentais protégée : il ne me voyait plus et moi non plus, je ne me voyais plus, je ne voyais pas comment j’étais devenue. A la fois folle et raisonnable, livide et cramoisie, mais surtout bien malade. L’affection progressait, son manque se creusait, devenait insatiable.
Quand les portes se sont ouvertes, la femme au dos rond et au chapeau de pluie a quitté son poste de vigie, sans crier gare, elle est partie. Ah, misère ! Voilà que j’étais face à lui, lui debout, moi assise. Autour de nous les autres passagers attendaient, sans le savoir, le dénouement de  notre histoire. Je n’osais pas lever la tête, mes yeux étaient rivés à sa main droite gantée de noir. Je ne sais pas ce qui m’a pris – était-ce le manque d’affection ou la perte de mon innocence ? – j’ai saisi sa main et je l’ai posée sur mes seins. Lui, il a eu l’air surpris, mais moins qu’on aurait pu croire. Moi, j’étais fière de mon geste, j’étais comblée, comme un bijou j’arborais mon trophée. J’ai laissé passer mon arrêt (Prémontrés), qui n’a pas insisté, s’est éloigné. Par la fenêtre, je l’ai vu disparaître sur son quai tout illuminé. L’homme a voulu reprendre sa main mais l’affection la tenait bien. Quand il est descendu de voiture, je suis descendue avec lui, comme aimantée.


Près de l’escalier mécanique, je lui ai dévoilé ce qui me rongeait. C’était un étranger, il n’a pas bien compris. « Un manque de fiction ? », a-t-il dit. « Vous tombez bien, je viens de loin, j’existe à peine. Si ça vous dit, prenez-moi comme je suis. »


 
Collage de Robert Varlez.