Lèse-Art RE-MUE revue littéraire des lézards

Menucliquez-ici - menu de la revue -

Lèse-Art Re-Mue

RE-MUE revue littéraire des lézards en mutation permanente.

Chaque mois, RE-MUE donne la parole à un nouvel invité

  N °3

 

Le doigt dans l’encre nage

 

 

HISTOIRES CEINTES
Pour Robert Varlez

I

Matin mutisme issu des mélasses virgule mollesse fendue virgule la boue est rimée virgule carton des corps virgule carcasse des singeries virgule crasse en vrai au trou du jour virgule  les eaux basses accueillent point virgule nage virgule songe virgule ronge virgule plonge profond virgule pleure ta vie virgule marche dedans virgule mâche la carie des songeries virgule pour le cresson il faudra brouter deux points engelures virgules peau des peaux  point salut virgule choses arrachées de rien virgule fonds de joncs fondus virgule vases d’extase virgule peignée de couleuvres virgule dans le chuintement qui grouille virgule aux chevilles ouvrez la parenthèse la crasse de l’espace virgule beurre de rien fermez la parenthèse à la peau épluchée point paysage pas vu virgule vision du dedans virgule macule le monde point ton pied dans l’élément virgule les serpillières n’ont plus de sens virgule mazout et essence point ris virgule efface tout virgule t’es plus qu’une bouche virgule qui dit rien virgule qui souffle virgule et boit point ça rue dans la rue virgule rien n’est debout virgule tout est froid virgule on dirait la bouillasse point final

II

Mouton corsage / Amour caresse /  Rose à filets de soie / Se retirer / Sans crépuscule /  Jignore ce qui fait la pomme / la grappe / la croix / les bras / les os / Mais je sais que tu tenvoles / Tandis que je mens terre / Je fais un creux / Une baie / Lovale et le cercle  / Le visage de la vierge / Pour te faire peur / Mais / Comme les cartes / Les images peuvent être battues /En tournant je dessine ton abîme / Et ta montagne du Tarn en Alpe / Tu apparais au dessus du mont Blanc. Mobile / immobile / immobile / mobile. Terre dans l’éther / Tiens ton bonheur / Pour quil ne se sauve pas / Parmi les vagues / Plus il fait chaud plus je mabrite dans tes eaux / Plus je me noie.

 

III

Echo / Double conscience / L’un dit que la sobriété cause sa perte / L’autre dit son absolu mutisme / L’un dit que les coupables ne sont pas les esprits mais les hommes / L’autre dit qu’ils passent à côté de la vérité / L’un n’a ni chaud ni froid / L’autre chante l’apocalypse / L’un dit Dieu désespérable / L’autre, que ce qui est parti ne revient pas.

 

 
 

LA FAIM
Entre la  pomme
Et la peur
La bouche attend.
Quand le fruit touche la langue
Tu peux le guider
Comme labeille le miel vers lobscur.

 

COCHE MARRE
Aux dés brouillés
Le vieil homme joue sa femme
Dun dernier coup de reins.
La voici quelle implore : « pas en corps »
Mais le dé bloque sa prière.
« Eveille toi assez » reprend-elle.
Pour savoir que tu rêves ».
Il doit sûrement en être ainsi.
Coche on qui sans dés dit.

 

SEUL IL LOQUE
Je parle pour que tu naies pas à le faire
Mère si
Pour tous les maux qui nont pas été dix.
Que ferais tue si tu étais seule ?
La question ne se poserait pas
Car père sonne pour la poser .

LA CHAISE
Je n’ai pas été plus proche de quelqu’un que de ma chaise.
Une chaise de bois : pas des paroles sur une chaise.
Delle jai appris le nom dit qui ne contient pas dAleph
Ma sombre soixantaine je ne linterroge plus.
Jusquoù va la matière ? Qui la pétrit ?
Rien : ni un clou, de la colle ou une cheville,
Il ny a que le vide à rendre compte
De ce que nous avons investi en pure perte.
Linfini se plie parmi les outils.
Sous les ongles sales est reléguée toute foi
Comme un poil dans une narine.

 

LA SEMAINE D’ANTONIN ARTAUD

 

L’un dit sa sobriété cause de sa perte
Mar dit son absolu mutisme
Mercre dit que les coupables ne sont pas les esprits mais les hommes
Jeu dit qu’ils passent à côté de la vérité
Vendre dit ni chaud ni froid
Same dit l’apocalypse
Dit manche rend Dieu désespérable
Le parti ne revient jamais : « écho ne  double la conscience »

 

Jean-Paul GAVARD-PERRET.
 

 

 

Collage de Robert Varlez.

 

 

 

.

 

REPTILES.

 

Par deux fois déjà la hache de la trahison s’était abattue
Sur sa tête frêle
Hydre douce et rampante, elle avait esquivé le jet fatal
Elle se lovait incertaine dans le creux des tombes du vieux cimetière
Songeant aux ossements,  à la révoltante pourriture
Chemin vers le néant
Il lui fallait créer à partir du vide
La courbe parfaite de ses ondoiements
Elle resserrait les cordons de la guerre infâme
qui étranglait en elle la pudeur
Dans sa volonté souveraine, belette sournoise dont la
fortitude chassait l’esclavage des sens et du désir
 Elle était la dame au château, la tour par des assauts de rire tempétueux ébranlée, défendue par la fougue ardente du philtre de vie

— Non, dit-elle ! Et ses yeux  se remplirent de l'eau salée des grandes tempêtes
À s'enfoncer dans la douleur aquatique  et ses reptations d'animal rusé elle avait creusé en elle la pente inévitable vers le doute rongeur
Insecte vermeil promesse bafouée du jour à venir

Il était venu, lui,  animal aux yeux confiants et timides
 Et leur espèce différente les séparait moins que la volonté du refus partagé de se fondre l’un dans l'autre dans un éclair d’anneaux striant le sol de la sauvage fureur de l’étreinte.

— Non, dit-elle ! Et ses yeux  se remplirent de l'eau salée des grandes tempêtes
À s'enfoncer dans la douleur aquatique  et ses reptations d'animal rusé elle avait creusé en elle la pente inévitable vers le doute rongeur
Insecte vermeil promesse bafouée du jour à venir

Il était venu, lui,  animal aux yeux confiants et timides
 Et leur espèce différente les séparait moins que la volonté du refus partagé de se fondre l’un dans l'autre dans un éclair d’anneaux striant le sol de la sauvage fureur de l’étreinte.

certaine de la demeure douillette et sereine où son paradis gisait
Il y avait de grands lys bleus au bord de la pierre fatale
L’éclat de leurs étreintes perdues faisait miroiter un lac vide
Stupide, il regarda s'enfoncer sa compagne  délicate
 grand lézard vert noble et sûr de lui
de n'avoir rien laissé d'important en elle
chez elle et pour elle
Il l’écouta exhaler sa chute

— Mes écailles griffent l'humidité fangeuse des murs
Sans fond le gouffre infini de mes désirs bafoués me retient et m'aspire
Un grand éclat de joie me claque au visage comme une gifle
 Mes anneaux morcelés tronçonnés lentement s’humanisent
 Je reparaîtrai à la surface de tous les oublis le jour de la grande fête de la turpitude
le jour fixé pour le ballet des squelettes style opéra décadent
Je reparaîtrai un jour à la rougeoyante clarté d'une mer purifiante et diabolique
Ma maison en enfer achetée de votre indifférence j'y suis
 Les ronces porteront à jamais les fruits d'argent de la mélancolie et du deuil je le sais
—Écoutez-moi, fuyez vous pour qui il est temps encore
Ne restez pas de ce côté de la lampe
Partagez avec moi les horreurs délectables d’un au-delà conquis

Car mon amour vous sauvera des écueils
La hache  troisième de la trahison était pour la nuit de notre mort-union

Pour l’instant infaillible où tranché vous étiez à moi

Nous chanterons la vie non la résurrection mais la métempsycose
Nous la chanterons dans tous les tombeaux pour réveiller le soleil
Je vous aimerai au bord de l'abîme dans nos délires réunis. 

Il recula, chassé par la révélation sauvage de cette voix
Interdit de ces mystères dont il avait aidé, involontaire, le dévoilement
Folie de sa compagne suicidaire ? – Non pensait-il
Certitude de l’autre vie  de celle qui naissait du désespoir
Aussi sereine qu’une aurore d’avril
En plein soleil
Au cimetière vieilli.

Jacqueline FISCHER.

Image de Jacqueline Fischer

 

 

 

La nuit est si profonde.

L' Amour, c'est la rencontre de deux êtres imparfaits qui se donnent les moyens de se parfaire ...

Entre la douleur et l'amour, pareilles à deux notes d'extase ...
Deux flammes en solitude vacillent à l'unisson,
pour la résurrection...
Les mouettes naissent des mouchoirs que l'on agite au départ...
Parsemées de sourires larmoyants, à l'espérance d'un retour...
D'une vierge au buisson de roses ...
Avec l'espoir d'une indulgente promesse ...

Vers une aube naissante où tout ne serait que transparence ...



L'homme à jamais réside

Sur le fil de la perplexité
Rêvant d'irréels voyages..
Faut-il toucher aux stigmates de l'extrême
Lorsque tout ici redevient exaltation ..
Modeler la matrice de toutes les éternités
Glanant ce fruit de l'origine ...
Sur des paysages de silence
Aux yeux suspendus d'un souffle de vie ...
Alors l'homme dans l'aube naissante
S'éveillera dans le cri de la femme...

Le coeur ému par de vagues confidences ...
Se profilant sur les lèvres d'une féminité ...
Au delà d'un regard ...
Comme résonance, dans un silence habité...
Recèle l'espoir d'un automne en "devenance "...
Silencieux je touche à l'infini ...
Des profondeurs de la nuit ...


Parfois il faut aussi savoir se perdre pour mieux se retrouver...

 

02/03/05/10/2009     AL. MAURY

 

 

Tableau d’Al Maury

 


 

 

 

C’est ainsi qu’en cette page encore blanche je prends le temps d’observer, de décanter, afin que les substances les plus fines se déposent sur les contours de mes neurones.

J’observe, en ces jours, ce qui m’entoure. Pris le choix de territoires qui n’intéressent personne, ils vivent la violence de nos déterminations et de notre obsession de l’extériorisation du syndrome d’Adolf Hitler.

Entre les pavés. Points de jonctions de territoires, abandon en attente de réponses. Cela finit par faire beaucoup d’hectares à explorer sans déranger personne dans le monde des idées.
Territoire en livre ouvert, destiné à poser les questions indispensables à la rencontre du savoir. D’un savoir oublié entre deux portes de sortie.
Je repose la question en quatre saisons  car ainsi il nous faut vivre
 
Le printemps :


Comme l’explosion de déterminations antérieures, à faire la  vie en  territoires. C’est ainsi que les plantes maraîchères sauvages vivent à souhait l’explosion de nos papilles gustatives, c’est avoir l’extrême obligeance de les préparer et de comprendre ce qui peut  s’en dire en cuisine de grands restaurants. Odeurs, forces d’huiles essentielles et de déterminations quant à leurs effets thérapeutiques.
La résurgence de nos plantes endémiques en extrême abondance, pour se satisfaire il suffit d’en connaître une dizaine.
Je ne passerai pas de temps à les décrire, car le monde change en chacun de ses tournants.

Un passage obligé sur les plantes empoisonneuses, il faut se méfier des plantes grimpantes, des ombellifères, du mouron à  fleurs rouges, les reconnaître à l’odeur et attendre leurs fleurs.

Reste en nos journées l’observation  à résoudre  les angoisses. Elle n’a rien à voir avec la chanson, j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. L’observation est une discipline, une rencontre, les questions surgissent de la terre, savoir le tout est impossible, car chaque question en pose d’autres. Une rencontre d’estimation avec des plantes  afin de jauger leurs âmes. Car ici  l’âme est plus importante que la connaissance.

Observer entre les pavés est un bon début, monde limité mais à ressurgir dans les au-dehors de notre compréhension.

L’été :


Dessèchement, les graminées se parent de couleurs ocres. Renouvellement, les plantes grimpantes vivent en plein soleil leurs dominances. Pleines de graines à maturité.
En actes, posséder de petites collections de ces graines est une bonne idée afin d’expérimenter leurs potentialités d’extériorisations. La technique consiste à les enrober de sulfate de calcium ou d’argile et de les redistribuer dans leurs créneaux de prédilections.
Ou de les consommer en tant que graines germées.

Terre en souffrance, à chercher vainement sa force d’antan, et comme tout est reflet, les questions affluent. Car hormis le printemps qui profite des forces astrologiques, les autres saisons se contentent des conséquences de notre gestion.
 
Automne, hiver :


Accepter les évidences, et les détourner en sa faveur, tels ont été les buts déterminés de cet écrit mais en cette saison où la nature se prépare au sommeil, en tant que jardinier, il nous faut préparer la résurgence.
Le trèfle en zone fauchée régulièrement est indispensable, les légumineuses sont présentes naturellement et sont un facteur d’activation car ils nous faut plaire à ceux qui empruntent nos chemins.
La terre est soumise naturellement au lessivage des eaux de pluie, à la déstructuration de sa valeur humique due au rayon solaire, et à l’invasion de plantes dominantes. Les terres se meuvent à la recherche d’un équilibre et nos actions engendrent la décompression. Tout est le reflet de tout en tant que faune et flore à s’extérioriser en interactions permanentes.

La terre dépasse les frontières car elle est un organisme à part entière en relation avec des questions qui nous font mystères. 
Il est ainsi indispensable d’assurer la croissance d’arbres qui seront, en ce texte fructifère, à une distance de tous les quinze mètres en zone tempérée, et plus rapprochés dans les zones où le soleil vit sa pleine ardeur. L’arbre brise la force des averses, les herbes l’obligent à puiser en profondeur les éléments nutritifs qui font la beauté de ses feuilles.
La couverture du sol posée en termes de fauchage bisannuel permet sont enrichissement et ainsi la disparition progressive des plantes envahissantes, la flore réapparaît ainsi en toute sa diversité.
La base est une recomposition avec la forêt primitive, éclaircie selon nos besoins 
 
De l’imposition.  


La structuration de cette équation part des évidences de l’extériorisation naturelle de la région concernée. Au plus on artificialise, au plus les moyens demandés sont importants et aléatoires.
L’enclave pose toujours problèmes. Elle s’impose en tant que représentation de nos déterminations. Il y aura toujours des méchants pour aller manger là dedans 
Le paysage devient ainsi le reflet d’une culture, d’une méditation sur ses potentialités, sort de l’état d’objet pour vivre en harmonie avec les forces en présence. L’homme reprend ainsi racine en son âme et de ce fait, en son cœur. 


Charles DUTILLEUL.

 

Photomontage de Charles Dutilleul.

 

 
   
 
 

EL EJE (des)PARTILLADO



1. comme une bouteille à la ...mère :
regarde moi conchita, je suis là, là couché sur le papier journal, crucifié comme un christ de carnaval affublé d'un gros nez rouge, moi, le pauvre manolo objet de ta perpétuelle ingratitude, moi, la mariposa alucinada, la métamorphose vivante del machito iberico, soy yo ese hombre sin cuchillo entre los dientes de la zarzuela fabulosa, le cri rauque et fauve lancé comme un poignard de las barandas del barrio de santa cruz al atardecer, le bateau à la dérive en las calles tristes de madrid quand l'absence de mes enfants me serre trop le coeur, moi, qui perds pied, qui doute de tout, de ma virilité à géométrie variable et incontrôlable,
 
por dios, conchita ! ouvre grand tes yeux sur ma détresse y por favor, compatis, compatis seulement... devant la nudité absolue de mon âme tourmentée, laisse venir à moi, mes mouflets comme une pieuse aumône qu'on tend du bout des doigts aux mendiants en semana santa, laisse venir à moi la obra maestra de mi vida, qu'ils viennent, ces chérubins aillés, comme une vague qui me submergera pour toujours...
piedad, coño, no te demando el santo graal ! Joder !



2. Como una botella a la ...madre :


Mírame conchita, estoy ahí, ahí, encallado en el periódico, crucificado como un cristo de carnaval ataviado con una gran nariz roja, yo, el pobre manolo objeto de tu perpetua ingratitud, yo, la mariposa alucinada, la viva metamorfosis del machito ibérico, soy yo ese hombre sin cuchillo entre los dientes de la zarzuela fabulosa, el grito ronco y fiero lanzado como una hoja de las barandas del barrio de santa cruz al atardecer, el barco a la deriva en las calles tristes de madrid cuando la ausencia de mis hijos me oprime demasiado el corazón, yo, que me tambaleo, que dudo de todo, de mi virilidad a geometría variable e incontrolable,

por dios, conchita! abre tus grandes ojos ante mi angustia y por favor, compadécete, compadécete... solamente delante de la desnudez absoluta de mi alma atormentada, deja venir a mí, mis niños, como una piadosa limosna dada a los mendigos en semana santa, deja venir a mí la obra maestra de mi vida, que ellos vengan, querubines alados, como una ola que me sumergirá para siempre...

piedad, coño, no te demando el santo graal ! joder! 

5 - je te l'avoue, luz negra de mi alma, je suis bien lâche et bien des fois... quand t'as le dos tourné : je ne me prononce pas contre le massacre des phoques sur la blanche banquise, je ne m'inquiète pas du sort des baleines bleues égarées entre deux voies d'eau sans issues, je m'en fous que les pandas chinois se trouvent en voie d'extinction faute de ne plus vouloir forniquer assidûment, je tressaille à peine de savoir que le fidèle ami ne viendra plus honorer mon assiette puisque trop persécuté dans les eaux glaciales de la Terre Neuve, car vois-tu conchita, je crains de ne pas avoir assez de sable dans ma brouette pour éponger la sangre roja de la arena,
 
7 - à vrai dire, l'immense champ de reproducteurs qui grouillent dans le corps caverneux des arbres de noël scintillants plantés ici et là dans la grande banlieue lointaine, me dégouttent. J'ai peur, conchita... j'ai une peur panique de perdre l'amour ese eterno angelito tontito y rebelde égaré dans les entrelacs des autoroutes serpentines hantées fort tard dans la nuit de nuées de lucioles alucinadas... tu le sais, je ne suis pas l'oppressif dominant que tu dénonçais dans tes lettres perfides adressées au juge des affaires familiales. Je suis un homme en manque. J'ai mon mode de production libidinal en panne. Mon milieu clos se clôt, es todo y es todo! joder!
Manuel VAZ.

 

 

Photo de Manuel Vaz.

   
 
 

FRAGMENT D’ÉTERNITÉ, MOIGNON D’ESPACE


 Portion restante  ou part à venir ? Moignon d’éternité, fragment d’espace, poussière d’étoiles…, effectivement on ne peut pas dire que je suis au meilleur de ma forme !

 

      Ainsi, l’homme se fait et se défait au fil des événements. Émoussé de la tête au pied et amputé du cœur, il se fait et se défait, à l’écheveau mal lié des relations intimes.
Au dédale des puzzles de l’âme, du corps et de l’esprit, que dalle !
Point d’homme en dehors de la Croix et des chiasmes du Ciel et de ceux de la Terre. Point d’homme dans l’embrouillamini des fils sans fin et des fins sans fil, du tournoiement des moyeux sans nœuds et des œufs sans germes, point d’homme dans les labyrinthes des dieux et dans aucun de ces lieux labyrinthiques.
Il y a partouze une grande confusion, des fractions d’humanité, des parties d’un grand tout partant de partout, des portions d’une réalité qui se dit en puissance, comme en virtualités au cœur des divisions.
Fragmentation de tous les disques durs de la feuille, ceux qui ne veulent rien voir et rien entendre du tout !
De la table de multiplication à celle de dissection, des sections de chairs, de nébuleuses, de nerfs à disséquer la vie jusqu’à l’âme des choses : Coupure, clivage des usures, des formes morcelées d’âge en âge et de génération en génération.
Puzzles devinettes, enjeu d’un grand jeu de patience, casse-tête chez moi et dans les hauts lieux d’impatience, casse-tête d’un « je » qui se perd en conjecture, en conjoncture en en conjonctivites de visions parcellaires.
C’est pourquoi les yeux sectionnés d’un poète, dans la main d’un anatomiste qui aurait le sens du rythme,  ressemblent à s’y méprendre aux coques pleines d’une paire de maracas, que l'on agite en cadence, pour marquer sans modération la mesure de la vie.
Œil pour œil, métaphore pour métaphore …, les phénomènes poétiques comme accidents d’images, ressemblent, quand on y regarde de plus prêts-à-porter attentions, à des percussions de météores dans un univers à défragmenter à la force des porteplumes.

Roland REUMOND octobre 2009

Écrire pour honorer les cendres des mots, telle est ma quête !
Fantasmes, intuitions, clairvoyance …, les images, métaphores et autres visions seraient-elles des débris d’un  univers fragmenté, morceaux fossiles voyageant en apesanteur entre le Ciel et la Terre ?
Telles des miettes éparses, de part et d’autre de l’être. Une myriade de grains de sable, résidus d’images égarées entre deux théophanies, deux créations, et quelques nuits obscures ...
Des bouts à relier, des éléments à recomposer, des morceaux d’idées, à l'origine d’un puzzle sans fin. Sans fin,  jusqu’à ce que les copeaux s’unifient, se fassent chair contre la rétine du poète, le long de ses nerfs optiques, en son cortex profond.
Poussières de mots avec lesquelles il fait mon encre ne sachant faire son beurre, mélangeant sa salive et ses larmes avec  les cendres des morts et celles des mots lâchés aux vents, dans un mortier de pierre brute, et ce pilon avec lequel il écrase les pigments de l’existence, n’est rien d’autre que sa jambe de bois, résineuse, écorcée, écorchée …,  avec ses nœuds et ses emplâtres, ceux de ses manques et de ses expériences à l’étal des écrits.
Pilonnant les verbes pour instrumentaliser les phrases  -  pilant les émotions aux mortiers du ressenti -  broyant et mixant les images dans la cuve d’une imagination  sans frontière, la poète veut écrire pour honorer les cendres des mots, telle est sa quête !  Il quémande la poussière, il sollicite le regard, des yeux transparents comme des tessons de bouteilles jetées à l’océan d’une Voie lactée de visions lactescentes.

Roland  REUMOND

.



Peinture de Josiane Hubert.

 
   
 
 

 

AQUATIQUES.

Les lames des omoplates expirent non loin des côtes de la mer  thoracique.

Le maître-nageur baraqué
en maillot rayé étriqué
bascule du petit au grand bassin
et son pénis en évidence
attire des regards en coin.

La bouée gonflée au max
évoque les formes lascives
d’une pop-star siliconée
en mal de flottements allusifs.

Une flottille de canards jaunes
attaque un koï
à l’arme blanche.

Les châteaux d’eau sautent halos.
Les taches d’eau s’ôtent à l’eau.

Josiane HUBERT.

 


Peinture de Josiane Hubert.

 

} //-->