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Lèse-Art Re-Mue

RE-MUE revue littéraire des lézards en mutation permanente.

Chaque mois, RE-MUE donne la parole à un nouvel invité

  N °3

 

Notre invité: Rüdiger Axel WESTPHAL.

 

Interview réalisée pour ReMue, le 8 novembre 2009, par Jo(siane) Hubert et Robert Varlez.

 

Nous sommes reçus très chaleureusement par Rüdiger Axel Westphal, propriétaire d’une galerie d’art à Euskirchen (à une quarantaine de kilomètres de Cologne). Rüdiger, qui a derrière lui une carrière de professeur des Beaux-Arts, non seulement promeut des actions culturelles et artistiques dans sa région mais il les suscite partout où il passe ! Il est lui-même artiste et aussi poète, à l’occasion.

 

 

 

   
JH: Rüdiger, je t’ai entendu utiliser des tas de prénoms pour te présenter. Pourquoi ?

RAW:  Je m’appelle Rüdiger Abshalom Dalit Tarannum Tamerlan Kiraneza Tianman Westphal.

Les prénoms dans mon passeport sont Rüdiger Axel. Mais le prénom Axel, contrairement à ce que je croyais dans ma jeunesse, n’a rien à voir avec « Alexandre ». Il dérive de « Abshalom », qui veux dire « Père de la paix », ce qui me convient très bien. « Rüdiger » est le nom germanique qui m’a été donné par mon père et qui signifie « La lance courageuse ». Le troisième nom, Dalit, je l’ai adopté il y a environ trois ans. J’ai appris que les intouchables, en Inde, s’appellent Dalit. Par sympathie et solidarité, je l’ai pris comme troisième nom, parce que j’ai l’impression que, moi non plus, je ne suis pas accepté, reconnu. Tarannum est un nom bangladeshi qui signifie « l’oiseau qui chante ». Il m’a été suggéré par un ami galeriste du Bangladesh. Puis, lors d’un séjour que j’ai fait dans une clinique, j’ai rencontré un groupe de Rwandais. Pour les amuser, j’ai décliné tous mes noms et ils m’ont dit : nous allons aussi te donner un nom, Kiraneza, qui qualifie, je crois, quelqu’un de gentil, aimable. Quant à Tamerlan, je l’ai choisi pour le son : Tarannum, Tamerlan, ça sonne bien ! Pourtant,  je crois que ce dernier s’est rendu coupable de pas mal de cruautés… Tianman, c’est chinois, qui signifie « le cheval du ciel ». J’ai reçu des visiteurs chinois pendant quelques jours et c’est eux qui m’ont décerné ce nom.

 

RV: J’ai toujours eu l’impression, à chaque visite que je t’ai faite, que tu voulais nous faire découvrir tous les bons côtés de l’Allemagne, un peu comme si tu portais sur tes épaules tous les péchés des deux guerres et que tu voulais réconcilier tous les autres pays avec l’Allemagne,  en une sorte de rachat, de rédemption.

 

RAW: Dans ma tête, je sais que je ne porte pas de responsabilité mais je me suis rendu compte, dans le cours de ma vie, que je suis, en tant qu’Allemand, un cas spécial. Je suis né en 1944, dans une ville qui est maintenant polonaise. Je n’ai donc pu avoir aucune influence sur les événements de la guerre. Tout de même, ce qui m’est arrivé plusieurs fois, lors de mes visites à l’étranger, notamment à Liège, c’est qu’on m’emmène à l’un ou l’autre endroit (à Liège, c’était à la Citadelle) et qu’on me dise : « Ici, les Allemands ont fusillé des gens ! ». J’ai l’impression d’avoir été marqué à la naissance par un péché originel. Si on me présente le fils d’un meurtrier, je vais peut-être penser, inconsciemment : « Ce que le père a fait, peut-être le fils peut-il le faire aussi ». C’est faux, bien sûr, mais on ne vit pas dans le vide.

 

RV : En Belgique, par exemple, les gens ont longtemps gardé l’impression d’un peuple allemand belliqueux, dont il fallait se méfier. C’était d’ailleurs pour cette raison, disait-on,  qu’il fallait désarmer l’Allemagne, l’occuper.

 

 

RAW : J’ai organisé à Saint-Vith une lecture avec des écrivains belges de langue allemande et la revue littéraire belge de langue allemande, Krautgarten . Nous avions déjà commencé quand un jeune écrivain belge s’est levé et a dit : « Ce n’est pas un hasard que nous ayons choisi cette date. C’est l’anniversaire du jour où, pendant la première guerre mondiale, les Allemands ont brûlé la bibliothèque de l’université de Louvain (Leuven). Lors du traité de Versailles, les Allemands ont été condamnés à remplacer les livres de cette bibliothèque, ce qu’ils ont fait, en puisant dans les bibliothèques des grandes villes allemandes. Au commencement de la deuxième guerre mondiale, les Allemands ont une nouvelle fois brûlé cette même bibliothèque ». On dit souvent : « Là où on brûle des livres, on brûlera des hommes ».
Les Belges germanophones sont très ambivalents : d’une part, ils ont envie de partager la culture allemande tout en désolidarisant de l’Allemagne sur le plan historique.

 

JH : Comment es-tu arrivé à ouvrir ta galerie ? Quelle est ta démarche en tant que poète ? Quel est le lien entre les deux ?

 

 

RAW : A l’âge de dix ans, j’ai décidé de devenir un enseignant des Beaux-Arts. Mes parents étaient enseignants. Mon père était professeur dans une haute école commerciale et ma mère était professeur de musique. Mes parents voyageaient, ils m’ont fait visiter le Louvre, le Prado…
Comme je suis né à la fin de la guerre, j’ai grandi entouré de ruines. Déjà, quand j’étais petit, je me disais : « Ah, ces adultes, ils te disent ce qu’il faut faire, ce qui est le mieux pour toi, et pourtant, ces ruines, cela vient d’eux ». De là vient ma profonde méfiance vis-à-vis des adultes et c’est pourquoi je ne suis jamais vraiment devenu adulte moi-même.
Je n’avais pas de jouets, donc je jouais avec tout ce qui se présentait. Cela peut paraître triste mais, en fait, on se sentait libre, on pouvait toucher les choses, les manipuler, en faire des objets.
Je n’ai pas non plus possédé de livres pour enfants mais j’avais accès au dictionnaire familial  et les images de ce dictionnaire ont été mes premières images d’enfant. Ce fut le début : les images ont pour moi précédé les mots.
Quand j’avais six ans, un cousin de l’Est est venu nous rendre visite. Il m’a offert un cadeau extraordinaire : c’était une boîte d’aquarelles. Dans ma mémoire, il y avait là-dedans 140 couleurs différentes. Cela m’avait paru fantastique. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris qu’avec du jaune, du bleu, du rouge et du blanc, on peut faire toutes les couleurs !
Une petite anecdote : un jour, alors que mon père corrigeait les examens de ses élèves et qu’il s’était absenté pour quelques minutes, je me suis emparé des copies et j’ai griffonné sur les feuilles d’examen, comme j’avais vu mon père le faire. Un jour aussi, je me suis emparé d’un pot de colle liquide dans lequel il y avait un pinceau et j’ai barbouillé de colle tout le sol d’une petite pièce de la maison, où se trouvait la machine à coudre de ma mère.
Ma famille m’a toujours soutenu dans mes aspirations artistiques. Jamais mes parents ne m’ont  refusé du matériel pour dessiner.

Quand j’ai eu onze ans, on m’a montré un film sur Auschwitz. Je suis rentré à la maison, tel l’Ange de la Vengeance. J’ai dit à mes parents : « Où étiez-vous ? ». Ils ont répondu : « Nous ne savions pas ». Cela a été vraiment dur car il m’est toujours resté un doute.

 

JH : Et l’écriture, dans tout ça ?

 

 

RAW : Je n’écris pas beaucoup, sauf quand je suis en crise, quand j’ai un « problème avec quelqu’un ». Si quelqu’un me fait mal ou si je suis confronté à quelque chose qui me paraît choquant, alors, oui, j’ai envie d’écrire. Je ne connais pas mes poèmes par cœur. Finalement, j’essaie de continuer à écrire. J’ai composé des problèmes qu’on peut lire mais qui sont imprononçables. J’avais lu Fernando Zamora. Un jour, dans un supermarché, la caisse enregistreuse ne fonctionnait pas bien et imprimait toutes sortes de signes de ponctuation. Cela m’a interpellé et j’ai eu l’idée d’en faire des poèmes. Egalement, j’ai imprimé des adresses e-mail et l’imprimante a dérapé, de manière à ce qu’elles se superposent pour devenir indéchiffrables mais, par contre, forment comme un dessin. Le titre est : « Virez-moi de votre liste d’adresses ». J’ai aussi pensé au passé, quand il était dangereux d’avoir certaines personnes dans son carnet d’adresses, car si ces personnes étaient arrêtées, on pouvait remonter jusqu’à vous et vous étiez suspect, vous aussi.
Je ne me suis jamais soucié de la forme.

J’ai aussi écrit un poème au sujet d’une ancienne amie. Elle était mariée et avait des enfants. J’ai dit : « Vous, les gens mariés, vous prenez vos enfants en otages, comme des boucliers ». Les enfants servent souvent de prétexte pour obtenir des privilèges. Cela crée un fossé entre ceux qui se sont reproduits et ceux qui ne l’ont pas voulu ou pu.
Mes poèmes ne sont sans doute pas de grandes réussites littéraires mais sont le fruit de mes réflexions.
Quand j’étais jeune, en tant qu’élève, j’ai parfois lu que certains artistes et poètes se rencontraient en certains endroits, à Paris ou à Vienne et cela me faisait rêvé. J’avais toujours vécu dans des villes où ce genre d’endroits n’existaient pas. Je ne pouvais pas aller dans un café pour y rencontrer quelqu’un qui écrit des livres, des poèmes. Peu à peu, je me suis rendu compte que cela n’empêchait rien. A l’âge de 65 ans, grâce, entre autres, à l’association dont je fais partie, je peux dire que j’ai rencontré pas mal de poètes, hommes et femmes, qui écrivent des choses importantes, pour eux-mêmes et pour les autres. Cela m’a encouragé. Quand j’étais jeune, j’avais des problèmes d’orthographe et de ponctuation. Aujourd’hui, je me dis : si quelqu’un ne fait pas de fautes d’orthographe, c’est qu’il a une bonne mémoire, et c’est tout.

 

 

JH : Parle-nous de l’association d’artistes qui a fondé la galerie ?

 

 

RAW : Ce n’était pas une association d’artistes. Quand j’ai terminé les Beaux-Arts, j’ai été élève de Beuys, pendant trois ans et demi, puis j’ai terminé mes études chez Erwin Heerich. Je suis arrivé ici en 1965. En 1982, deux couples sont venus me rendre visite, et m’ont dit qu’ils étaient en train de former une association d’art (pas une association d’artistes). Ils m’ont demandé si cela m’intéressait d’en faire partie, étant donné que j’enseignais les Beaux-Arts. Je ne pouvais pas refuser, cela me paraissait naturel. Nous sommes toujours les seuls, à l’heure actuelle. En 1982, après la mort de ma mère, j’ai acheté cet espace avec l’argent de mon héritage. J’en ai fait mon atelier et j’ai aussi proposé à l’association de faire des expositions ici. Quand nous avons fondé l’association, nous avions cette devise : « Nous sommes responsables de nous-mêmes ». Nous ne demandions rien aux autorités, au maire, c’est notre droit. C’était dans l’esprit de mai 68. Nous savions qu’un pourcentage des taxes prélevées par la commune est censée servir pour la culture. Nous nous sommes dit : « Nous allons montrer ce que nous voulons faire. Si les autorités montrent un intérêt, ils vont d’eux-mêmes nous proposer leur soutien ». Mais cela n’a pas été le cas. Ils ont toujours dit que les caisses étaient vides. Maintenant, en 2009, après la crise, elles sont réellement vides !  Pour nous, cela ne change rien : vides, elles l’ont toujours été.

 

 

 

RV : Donc, tu n’as jamais reçu d’aide ?

 

RAW : Non. Dans une lettre, ils m’ont écrit : « Vous vous appelez « FzKKE (Förderkreis zeitgenössischer Kunst Kreis Euskirchen) », ce qui en français veut dire : « Cercle pour la promotion  de l’art contemporain de la région d’Euskirchen ». Ce n’est donc pas à la ville mais à la région que vous devez vous adresser ». C’est jouer sur les mots, évidemment.

Nous touchons maintenant 200 euros par an de la région !

 

 

JH : Combien de membres compte l’association ?

 

 

RAW : Lors de la fondation, en 1982, nous étions une trentaine. Il n’en reste que huit. La plupart n’ont plus payé leurs cotisations tout en s’abstenant de sortir de l’association. J’ai l’impression que, tant qu’ils en font partie, ils se considèrent un peu comme des mécènes, sans rien débourser pour autant. Un des membres fondateurs est venu me faire part de son intention de sortir de l’association. Je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu « ce n’est pas possible de travailler avec toi ». Alors, j’ai rétorqué : « Comment peut-on avoir des problèmes de collaboration s’il n’y en a qu’un qui travaille ? ».
Tout cela est assez nébuleux. Je ne veux pas jeter le bébé dans le Rhin, car je me suis attaché à cette association et j’essaie de la maintenir en vie le plus longtemps possible.

 

 

RV : Te souviens-tu de la première exposition que l’association a organisée ? Quels étaient vos critères ?

 

 

RAW : Même si nous nous appelons « Cercle pour la promotion  de l’art contemporain de la région d’Euskirchen », j’ai essayé d’éviter de limiter notre cadre aux artistes de la région. Nous ne nous intéressons pas aux personnes qui font de l’art un hobby, nous préférons ceux qui le considèrent comme une chose sérieuse, qui sont en recherche. J’aimerais écrire un livre qui s’appellerait « Parallèlement au marché de l’art », car je crois que tous ceux qui sont devenus riches parce que leurs œuvres se vendent bien ne sont pas forcément les meilleurs. Nous montrons ceux qui font au moins aussi bien mais qui n’ont pas de galerie attitrée et pas non plus le même succès ni les mêmes revenus. Pourtant, j’estime que cela vaut le coup de voir ce qu’ils font, de les connaître.

 

 

RV : Tu as toujours eu à cœur de donner à la galerie un caractère international…

 

 

RAW : A l’école, on nous a appris qu’il y avait cinq continents : Europe, Asie, Afrique, Amérique et Océanie. Or, la scission entre l’Europe et l’Asie est arbitraire, artificielle. Beuys a fait une performance qui s’appelait « Eurasia ». Moi, j’ai pris le transsibérien jusqu’à la côte pacifique et, à part les divisions créées par les fleuves et les rivières (et encore, par temps de gel, on peut les traverser à pied sec), je n’ai pas remarqué de rupture. C’est un seul continent. La chute du Mur nous a donné l’occasion d’accueillir des artistes venus de l’Est, d’au-delà des frontières de l’Europe que nous connaissions. Il serait réducteur de dire : « Je ne veux connaître que l’œuvre de mes voisins, ceux qui vivent à quelques kilomètres d’ici » et de nier l’artiste kazakhe, par exemple, qui fait mieux ou aussi bien.

J’ai toujours présent à l’esprit le concept d’art global, signifiant que tous les sens sont sollicités à la fois. Un jour, à l’opéra de Paris, j’ai assisté à une représentation théâtrale où un cheval a déféqué sur la scène. On avait l’odeur, les chants (pour les oreilles), le spectacle pour les yeux (ainsi d’ailleurs que le plafond de Chagall), … Je voudrais que chacun se sente bienvenu pour faire ses propres expériences, pour oser quelque chose de nouveau. On peut

faire toute une série d’expositions pour contenter la bourgeoisie mais c’est du temps perdu… Il ne faut pas croire que nous sommes tous mécontents et agressifs. Chacun doit gérer ses problèmes personnels et je peux comprendre que certains se disent que ces problèmes-là leur suffisent et qu’ils n’ont pas besoin que d’autres problèmes y soient ajoutés par les artistes. Or, toute l’action artistique est dirigée dans le sens d’une amélioration du monde, l’art devrait aider à vivre, à survivre, à comprendre.
Dans le milieu bourgeois, on se soucie trop du qu’en dira-t-on et c’est pourquoi on n’achètera pas d’œuvres qui pourraient choquer des membres de la famille, etc. Que va dire l’oncle Auguste.

 

 

RV. J’ai remarqué un grand éclectisme dans tes choix, ce qui m’a toujours étonné. Tu présentes parfois, par exemple, des performances difficiles d’accès et, d’autre part, tu exposes des gens comme le peintre iranien qui représentait d’une manière très classiques des scènes de son pays. Contrairement à d’autres galeries qui se spécialisent dans des créneaux toujours plus pointus, ton approche est très ouverte.

 

 

RAW : Cette ville est hantée. Quand on y vit, on a le sentiment de ne rien pouvoir changer. On y est comme un « alien ». J’ai suivi le principe que chaque artiste n’expose qu’une seule fois. Eventuellement, une deuxième fois, après sa mort (rires).
Au début, nous faisions dix expositions par an. Parfois des expositions individuelles, parfois collectives.  
Un peintre est venu me trouver en disant : « Je voudrais faire une exposition d’art mortel. Il y aurait des lames de rasoir et des épines en acier. Lames et épines seraient enduites de poison ». Je lui ai conseillé de consulter un avocat pour s’enquérir des responsabilités. L’avocat a objecté que l’accès à l’œuvre devrait être limité par des barrières, que les spectateurs devraient signer une décharge pour spécifier qu’ils sont au courant des risques encourus, etc. Je trouvais l’idée intéressante mais difficile à réaliser. Finalement, il a un peu changé le concept. Il a réalisé une araignée dont le dard était soi-disant empoisonné mais en fait, il n’en était rien.
Vers 1986, nous avons aussi fait une exposition sur la relation entre le kung-fu et l’art. l’artiste était mi-allemand, mi-écossais. Il pratiquait le kung-fu et créait des images décomposant les mouvements du kung-fu. Il appelait cela : « Essayez de le faire ».
Il m’a dit : « Je connais quelqu’un qui vit dans les Hébrides extérieures (ndlr : archipel au large de la côte ouest de l’Ecosse) et qui travaille sur des véritables squelettes. Il y ajoute de la viande animale pour leur donner l’apparence de momies. » J’ai décidé d’aller voir sur place. J’ai téléphoné à cet artiste pour prendre un rendez-vous. L’artiste vit avec sa famille. Ses sculptures s’appellent « Hanging Figures » (« Pendu », ndlr). Il a acheté un squelette en Inde. Là, des gens vendent leur squelette avant de mourir et on peut acheter officiellement ces squelettes. Il s’est servi de la viande d’un veau pour imiter la chair. Il y a ajouté des crins de cheval qu’il a tressés avec des fils créés à partir d’herbes. L’idée m’a fait penser au Golem. J’ai décidé de l’inviter à exposer chez moi. Je crois qu’il avait déjà exposé à Cologne. Son travail suscite la polémique.  « Est-ce vraiment nécessaire d’aller aussi loin ? Est-ce un jeu avec la mort ? ».

Pour éviter les problèmes aux frontières, il a emballé ses œuvres dans des tapis, les a embarquées dans sa voiture et est venu jusqu’ici. Je m’attendais chaque jour à lire dans les journaux qu’on avait arrêté, à la frontière française, un individu qui transportait dans sa voiture un cadavre momifié d’origine inconnue ! Quand il est arrivé, j’ai déposé le « corps » dans une des chambres de mon appartement…

C’est le genre de choses qui ne peut pas laisser indifférent.

 

 

RV : On pourrait comparer cette démarche authentiquement artistique à celle, bien plus commerciale, de Körperwelten de Günther von Hagens et Angelina Whalley…

 

 

RAW :  Oui, c’est parfaitement exact.
Mais j’aimerais maintenant parler d’une exposition qui me paraît très importante, dans laquelle j’ai joué mon propre rôle en tant qu’artiste.
En 2005, j’ai rencontré par hasard Jean-François Aillet, qui est sculpteur et vit à Amfréville, près de Caen. Il m’a dit : « Mon père, Louis Aillet, a trouvé un fusil allemand sur la plage, peu de temps après le débarquement. C’était un Mauser. Il l’a récupéré, il était en bon état. Quand mon père  a eu 82 ans, il m’a dit qu’il voulait que je détruise ce fusil, car il craignait que quelqu’un en fasse mauvais usage ». Pendant notre conversation, avec en tête l’idée d’art global, je lui ai dit : « Nous devons faire de cette destruction quelque chose de plus important, un événement qu’on pourrait filmer ». En peu de temps, nous sommes arrivés à l’idée de découper ce fusil en tranches. Jean-François et moi avons d’abord scié l’arme en deux, symboliquement. Puis, le Mauser a été englobé dans une gangue de résine, avant d’être découpé en usine par jet d’eau à haute pression additionnée de sable. Le processus a duré 22 heures et nous avons obtenu 220 tranches de 4 mm d’épaisseur. Les pièces ont été exposées dans  ma galerie du 6 juin au 8 août 2006, sous le titre « Gun-Cut-up = Peace-Action ». Le vernissage a eu lieu le 6 juin, date anniversaire du débarquement.
Cette exposition peut encore circuler dans les villes qui voudront l’accueillir. L’idée est d’envoyer ensuite une tranche de fusil à chaque chef d’Etat en lui demandant de suivre cet exemple avec leurs propres armes.
Je sais bien que c’est utopique mais il faut bien commencer quelque part…

 

 

Malberg

 
 

Yesterday I went into the Eifel (a mountainous area near by where I live)
The motor was humming continuously
With the sun in the neck Bruce an I were sinking into the valley
following the road sign of Malberg
We dived into the green
via serpentines
with one eye on the navigator
very little traffic
I turned my head to the left
keeping an eye on the road
reading your name in the underwood
I turned my nose to the right up into the sky
Irina in big cyrillic letters but a different writing between the twigs
in the foggy mist in front of us you appeared with a hallow
you were with us and you enjoyed the nature that surrounded us
like we did
Bruce couldn't sense you
only me
you were my guiding light
you didn't leave me
not even when we would come to an hold on a parking lot
near the castle (samok)
Immense walls reached over our heads
promising perspectives into the courtyard through the gateway
little streets sucked us in
you followed my way
Irina looked at me (behind every curtain)
You put your hand on my sholder
your tender touch
the tender touch
of your cool fingers at my neck
deep understanding
Bruce needed something to eat
(he is also a diabetic, but type I)
so we hurried to the deepest point of the village
and climb up a steep slop on the other side
to finally arrive at a place called:"Sonnenblick"(a place from where you can see the sun[set])
from a distance we could hear the visitors talking and chatting, some children were playing
in the vicinities, already
As we finally sat down at our table
we had this marvelous view
looking to the right, we saw the castle, surrounded by these old middle age houses
looking to the left we saw Kyllberg
in front of us hidden by trees and bushes the river "Kyll"
who gives it's name to many of the places situated along it's current waters
there seemed to be an agglomeration of churches
I ask myself, how can these people afford all the buildings
living in the middel of nowhere
modest but rich
we had to wait after the meal
as tiny drops of rain caressed our faces and hands
but then little by little these drops became bigger and bigger
though the sky at the horizon tore open
finally it was raining cats and dogs
and we had to seek shelter inside the restaurant
quite a big number of people inside drinking bear
and talking and murmuring
then when the sources of the sky closed
on our way back to the car
we could even enter the church
this whole afternoon with you
was so wonderful
and my heart was jumping with content
The way home was real hard work
I drove roads I never drove before
through places I didn't even know their names
chasing down the "autobahn"
covered by the night's darkness
I reach out my hand to you my love !

Rüdiger Axel Westphal.

 

 
     
   

 

 

 

 

 

 

"Voyeur KüBt Muttermund"


 
 

Er machte ein Interview mit ihr:
"Wie möchtest Du im Alter leben?"
Ihre jugendliche Schönheit
war auf dem Monitor des Handys gut zu erkennen
Beim Anblick ihrer sich bewegenden Lippen rief er aus:
„Ich würde gerne Fotos von Deinen Lippen machen!“
Ihre leicht schlüpfrige Entgegnung in aller Unschuld:
"Von denen oben oder von denen unten?"
ein Gefühl der Scham stieg in ihm auf:
"Die oben natürlich!"
Gerne hätte er auch ihr
"senkrechtes Lächeln" fotografiert!
und dann ihren Muttermund geküsst.

              

Rüdiger Abshalom Dalit Westphal 23.8.09

 

 
     

 

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