----->

Menu  Cliquez-ici-menu de la revue-                                                                                                 

Lèse-Art Re-Mue

Le doigt dans l'encre-nage

Avec des textes de Gaël Pietquin, Nicolas Vasse, Jacqueline Fischer, Paul Nwesla, Philippe Leuckx et Laurent Chaineux.

N °11

 

 

 

VIEUX JOUR


 
 Sur l’étal intime
Il me parle d’un pétale
 
Une agrafe au corps
 
Qui déborderait
Au nord d’une falaise
 
L’ongle
En sa lourde lueur
 
Joue la grave
Et sa larme de cuivre
 
Laisse
(il va sans dire)
 
Des coupe-mots sur le cœur…
 
.
 
Un cahier d’écailles
Un collier de pertes….
 
.
 
Un sabot
 
Sauvage fait l’arbitre
Et l’hymne s’enlaidit…
 
.
 
Dire que
 
L’aigle avant de
L’ét®eindre
 
Détaillerait longue
La nue s’achève
 
Il se fait nuit.
                                                                     

      Gaël PIETQUIN, 7/9 juillet 2010.

 

 

 

Roman le Berre

 

 

 

PHENIX.

 

 Des gemmes et des ors
 tous mes petits trésors
 tressautent sur la rive
 et ripent sur les bords

Cailloux des mots sucés
 Lapidaire fou du temps
 gravats expectorés
 De quel gosier sacré
 Toujours dilapidés ?

 

 

 

Jacqueline  Fischer.

 

 

 

 

 

j’entretenais le monde
le jardin les plantes
carnivores
mes mains servaient
esclaves
la machine à nourrir
à engraisser
j’entretenais le monde
chaque seconde
dans l’impossibilité
d’ouvrir les portes
qui n’existaient pas
encore




résolution de pixels
écrans tactiles
les yeux-aimants
les yeux-digitales
le turquoise
dans les barrettes
rouges et bleues
violence et vice



quartiers de poires
du béton étiré
des ponts verticaux
vers nulle part
de nulle part
des fenêtres
d’oiseaux
sans ailes
de la laideur
pour rendre
plus laid
pour rendre
sur les trottoirs







les jambes se maquillent
élégantes noires
sur un flot de journaux
volent et s’éparpillent
feuilles jaunies
nouvelles d’hier
obsolètes idylles
les jambes d’aujourd’hui
se consomment
sur place
malheur au passant
de l’émotion rare





la clope est un tunnel
une bouche dans une bouche
épaisseur de la fumée
battement de cœur
herbe à l’entrée
pour décorer
rendre beau
et flottant



Nicolas Vasse

 

 

 

 

 

Robert Varlez

 

 


Sclérose


Je rêve d’effondrement
Des frontières happé par le désir de voir du monde
Comme les eaux avoir raison du cœur de la pierre
Courir librement sur l’écorce hirsute ou glabre des sols
Ou en dessous
Loin des regards enflés d’envie
Des cendreux gosiers brûlés
Du torve œil altérant des singulières canicules

Je rêve d’effondrement
Des francophobies drapé dans l’ivresse des mots
Comme une plume opulente en florissante moisson
Mes épis
Orgueilleux comme bourses de taureau
Tout beau
Pour une volumineuse fierté sous l’aile
D’une généreuse providence

Il faut bien les ouvrir
Mes yeux
Cesser de prêcher l’emprise moribonde de l’imaginaire sur le réel
Me rebeller
Du joug de l’impotence de l’impuissance de l’errance
Cette mise en transe misanthrope du courant système
Qui voile la vue viole vertus vole des vies
Malgré l’éclat du jour

Aucune approximation quand retentit l’heure de vérité
Il faut faire comme on a dit puisque l’homme naît bon
L’homme n’est con
C’est peut-être méchant mais la vérité baisse et le sens ne coule pas
La lune peu à peu s’éteint bientôt il n’y aura plus de refuge pour le poète
Alors vite vidons ces quelques verres avant que le bar ferme
Fard berne l’œil non averti interdit de descente sur terre ferme
Pourtant seule la chute du prince de l’azur sclérose l’immonde.

 

Paul Nwesla.
 

 

 

 

 

 

Au fond du cul du monde

 

Au fond du cul du monde
Des charniers
Exhalent l’encens
Des dictatures

Des recrues
La merde au cul
Orchestrent
Des concerts martiaux

Ils cartonnent et tuent
Leur enfance
Leurs ennemis
Sous des essaims de plomb

Au fond du cul du monde
Ils brûlent les champs
Et meurent incultes
Comme une terre interdite

D’immenses torrents de sang
Sillonnent des villes fantômes
Où l’ombre éternelle de la mort
S’omniprésente

Famélique
Insatiable conquérante
Obombrant le jour pour
L’accueil du Néant affamé

Au fond du cul du monde
L’homme s’est crevé
Yeux et tympans
Pour suivivre (Suivre et vivre)

Tant les coups
De l’oppresseur
Aux mille mains de fers
Brisent la chèvre de l’esprit

A végéter
L’homme se vend
Ses dents
Vain essoufflement

Au fond du cul de l’homme
De la merde
De la mort
Et … La fin du monde.


© Paul Nwesla Biyong
texte déposé n° 444P398


 

 

Jardins (1)

Les jardins ont encore
la peau douce de la nuit
cette rosée
à peine
sur l'herbe
le chœur tout entier
dans la graine
gonfle l'été
en lui
très haut
la note juste du jour
flèche blanche
dans ce ciel de juin
le cœur et sa lumière
sur une terrasse
où cède encore
pour combien de temps
l'odeur qui entête
du seringa
tout proche

 

Jardins (2)

Je suis revenu
du pays où la vérité
pas toujours bonne
à dire déborde
sur mon jardin

Veuillez excuser
les herbes
de se faire piétiner
par le fiel mielleux
de quelques guêpes
mal dégrossies
toujours prêtes
à se faire border
par un gros bourdon
pourvoyeur

Les herbes ont la jeunesse
je la porte sans regret
jusqu'à mes cent ans passés
je dénoncerai connerie profit
collusion bêtise racisme élémentaire
convention doctorale bourgeoisie
bien assise

Les herbes ont l'intelligence
que des guêpes trentenaires
ont bien du mal à avoir

Au jardin ce matin
je pensais aux amies aux amis
à leur sourire à leur beauté d'âme
et les autres jeanfoutre
ne méritent aucun vers
ils sont morts pour de bon
pour eux-mêmes
pour la bonté
la beauté
 

Philippe Leuckx


 

Karl

 

 

 

 

J'étais assis momifié
dans un vieux rocking chair,
les yeux hagards.

Partout régnait la poussière,
d'anciennes larmes
y avaient tracé
Sur mon visage creux
deux oueds secs
et déposé dans leur lit
une croute de sel.

J'étais sur le quai d'une de ces gares
de Western spaghetti
une de ces gares d'après fièvre
quand avec ou sans or,
comme un vol de criquets,
les chercheurs furent partis
ne laissant que ruines.

J'étais vide, recroquevillé, lyophilisé.
Je n'avais plus d'idée, plus d'odeur
et même les mouches m'avaient oublié.
A travers le voile blanchâtre de mes yeux
Combien de temps encore
le ballet de quelques tumbleweeds
roulés par le vent allait-il me hanter ?

Je ne compris pas de suite ce qui m'arrivait...

Ce qui furent jadis des lèvres s'entrouvrirent
puis des perles de feu roulèrent sur ma langue déchirée.
Bientôt je fus comme un nouveau né
dont le seul horizon est le sein de sa mère
s'y accrochant bec et ongle.

Pour la première fois de ma vie je buvais
des larmes de dieu
à grands coups de glotte.

De l'eau !
Encore de l'eau...
C'est au centre de mon être
que réapparut l'univers,
ses sources et ses jardins,
j'avais oublié l'extérieur.

Elle souffla sur mes yeux puis les humecta
et ses lèvres ruisselèrent à mon oreille.
Elle recueillit enfin mes premières larmes
et mes brouillons de mots,
c'est alors que je la vis.

Elle venait me dit-elle d'un pays étrange
une frange forestière entre le désert et la mer
Mais moi je sais qu'elle est mon ange



Loran  (Laurent Chaineux)


 

Yaya