Alex Boucaud                                                                       Retour -Collectif Lèse-Art-

Alex Boucaud dit AL’- Sculptures à la tronçonneuse.

   

 

La dernière exposition de sculptures d’Al’
qui a eu lieu au centre Rémy Nainsouta du 17 au 25 Octobre 2008 valait le détour. Il est intéressant de voir comment cet artiste autodidacte appréhende les différents bois de nôtre île de Guadeloupe pour nous offrir un univers qui nous ressemble. Troncs d’arbres  d’essences diverses, racines en tout genre, bois flottés récupérés ça et là, inspirent dès le départ Alex dans son travail sculptural. Il les choisit lors de rencontres, en ballade. Les morceaux de bois lui parlent instinctivement dès cette rencontre et sont sculptés à la tronçonneuse. La tronçonneuse qui détruit, coupe, scie, élague, massacre, tue devient ici, instrument de Création.

 

Nous nous retrouvons face à des masques aplatis et évidés en haut-relief, d’une épaisseur importante. Des masques aux allures surréalistes ayant des expressions nègres et des formes arrondies, privilégiées par le sculpteur, nous renvoyant aux masques Africains et au carnaval des Antilles. Masques de nous-mêmes ! Des masques qui montrent autre chose que l’extérieur mais bien les méandres de nos personnalités, la complexité de l’intériorité de nos êtres, nous, Antillais, à la lumière de ces creux  taillés avec profondeur offrant des contrastes étonnants. Ces masques rappellent aussi les « compressions » de César. Nous observons donc ce mélange entre surréalisme, africanité et la sculpture de César : Un travail métis.  

Une autre partie de la production de l’artiste concerne la figure. Il s’agit de sculptures en ronde-bosse représentant des visages cette fois-ci en trois dimensions à l’aspect totémique. Nous retrouvons les mêmes caractéristiques décrites plus haut sans l’effet de compression mais dans des formes plutôt allongées avec des espèces de dégoulinures sculptées dans les bois, des proéminences, des excroissances ou protubérances faisant référence à l’expansion (cf  « expansions » de César). Parfois l’artiste joue sur des oppositions : rugueux / lisse en laissant l’écorce de l’arbre nous parler de façon expressionniste.

La troisième partie du travail d’Alex BOUCAUD est une réflexion sur le corps humain traité en volume ou en bas-relief : Fragments de corps, personnages en entier renvoyant parfois à la statuaire ancestrale d’Afrique (Dogon) ou plus humoristique rappelant l’art « BRUT » ou le travail de Gaston Chaissac. L’artiste explore l’évocation du mouvement à travers le biguidi, mot créole signifiant  l’équilibre instable,  ou alors son contraire : Le statique. Toujours dans une élongation et un retrait de la matière,  parfois allant jusqu’à l’évidement, ces sculptures offrent un regard neuf sur le traitement de la peau. Les essences de bois clairs ou foncés et les diverses patines participent à cette réflexion et nous proposent une multiplicité de réponses (tout lisse ou rugueux et lisse ou alors contrastées dans les teintes de patines utilisées).

Il arrive que certaines sculptures proposent une double lecture, l’envers de certaines figures pouvant offrir au regard un morceau de corps souvent traité de manière plus abstraite.Al’ est dans le droit fil des « nègres à talent » que sont ses prédécesseurs : Télémaque FLABERNOT, Félix DESFONTAINES, Armand BAPTISTE ou Roger AREKIAN, sculpteurs Guadeloupéens.                            

Gilles GIRARD, ancien élève de l’école du LOUVRE, le 27 octobre 2008