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..La promenade

 

 

Il y a trois jours qu’on en parle. C’est plus l’idée de la promenade que la promenade elle-même qui est importante. Mais quand même, il ne faudra pas oublier les tartines, le Thermos de café et l’orangeade. Il fait beau depuis le début de la semaine et, maman a dit : « Dimanche, on ferait bien une promenade ! » Va-t-on aller dans les bois, c’est plus mystérieux et plus ancien que la promenade à la campagne. On peut aussi aller à la campagne, c’est de l’herbe et de la vie que l’on découvre tout de suite. Les bois sont plus sombres. Il faut chercher la couleuvre qui se

tapit ; et, l’écureuil coincé entre deux branches se moque de nous, car il passe trop vite pour que l’on puisse le voir. Pourtant si l’on va dans les bois, je sais que papa prendra ses jumelles d’approche pour voir les écureuils qui se moquent des humains qui ne sortent que le dimanche… La campagne est moins préhistorique que les bois. L’odeur des bois a mille siècles. Elle vous pénètre les narines jusqu’au fond du cœur. Elle donne le vertige et nous fait dire : « Lundi, je change ma vie. J’arrête de fumer, je bois moins et je vais vers mes projets. » C’est tout cela que le parfum du bois donne. Une espèce de réconfort enivrant, une connexion forte, le sens de l’humour. Le sens de l’amour. Le séculaire. Les sens et l’essence. L’espoir. Tous ces terreaux apparemment morts nous grouillent la vie. Tous ces terreaux un peu âcres nous giflent quand on se souvient, que le dimanche, au lieu d’aller se promener dans les bois on regardait la télévision en couleur.

C’est vrai que nous avions maraudé des cerises si rouges que l’on s’était dit : « En ville il n’y a plus rien de bon, tous les fruits sont verts dans les étalages. »Et puis, ma sœur et moi, avions découvert le long d’une clôture rouillée, d’énormes champignons blancs. D’énormes vesces, au moins de deux à trois kilos chaque. Et, d’au moins cinquante centimètres de circonférence chacune, mais nous étions jeunes…

La dernière fois que nous avions été à la campagne, parce que j’étais gai et que je prenais le bon air, je courrais sans regarder. Paf ! J’avais mis mon pied dans une bouse de vache verdasse. J’étais chaussé de petites sandales en cuir ocre ainsi que de petites chaussettes blanches. Je me sentais humilié. Même que j’avais piqué un fard ! Mais là, pour le fard, je ne suis plus certain… Je me souviens qu’il avait été difficile de me laver le pied. Nous avions l’orangeade et le Thermos de café pour tout liquide. Heureusement, maman n’oubliait jamais le papier pour les besoins de la nature, comme elle disait. Mon dimanche fut un peu contrarié. Les bois sont plus préhistoriques, je pourrais mieux y cacher ma pudeur.

 

 


Patrick Fraselle, extrait du recueil « La soupe chaude et autres vaisselles »