(Etre humain).

 

Amel Belkacemi, née un 17 Juin à Oran en Algérie, mère d’une fillette de quatre ans et demi et enseignante –chercheur à l’université.
Mon enfance fut marquée par le terrible tremblement de terre d’Al Asnam où je résidais et mon adolescence s’est vue confrontée au sanguinaire terrorisme d’une virulence rare en cette contrée où je résidais. Je suis l’ainée d’une fratrie de cinq enfants, j’ai vécu en différents enroits de l’Algérie profonde et très conservatrice.
Peut être de ce parcours, me vint cette soif d’humanité qui me taraude  et s’est engouffrée en moi cette révolte profonde contre l’oppression, l’injustice et ce désir vital de dire. Car lorsque  l’humanité dépecée en lambeaux sous les crocs de l’avidité … dans un  monde qui devient de plus en plus immonde où on réinvente l’esclavagisme, l’assujettissement  par la peur  qui fait se renier l’humain en reniant l’autre humain pour sa différence, couleur, conviction politique, religieuse, croyances, lieu géographique , pauvreté ou autre… Lorsque les systèmes dominent les esprits en violant leur libertés de penser, les voulant objets  ne pouvant réfléchir à l’universel … l’écrit  est communication, passerelle de solidarité entres les humains. Lorsque des quotidiens amers doivent subir et se taire en des sociétés sourdes où tout se perd, la poésie est souffle de vie. Elle est le cri qui vrille, les consciences qu’on voudrait endormies !  Elle est, pour  la femme que l’on veut objet sans âme, que l’on réduit au silence…silence de mort, objet de torts, la poésie est le dit de justice qui hisse vers la lumière, qui délivre et rend fière d’être femme ! D’être un  être humain !

 

 

 

Coincés en des rets de pierre
Ses rais de lumières l'ont fui,
Jetée aux orties de la nuit
Et, de tous ses lacis de vie,
Elle a suivi le dédale,
l’impasse,  glaciale et sale
Fief de traverses inverses,
D’une funèbre déraison,
Cohorte de sombres oraisons.
Leurs glapissements ont fêlé
Son ciel de stress étoilé
Et sa voix lactée, lestée
De poudre de briques amnésiques.
A des rires autres, des pleurs ocres
Des mots étêtés d’engoulevents
Qui tressautent et sautent aux vents
Se déroulent délires de naufrage
Au cœur de silence sans rivage
Où elle erre, se terre, se perd
S’y ploie, se voit, se croit
Sous carapace de tortue.
Son cou décharné, tendu
Elle meut lentement ses pattes
Rase les murs, rase les rues
Soudain, se cache, se rétracte
Sous sa carapace, en hâte
Et dans l’avenue mouillée
Où les bonnes gens se pressaient
Leurs regards morts la niaient
Rebut perdu, là tassé
Sur  trottoir aléatoire
Pauvre  loque dérisoire
Miroir cassé où ombre vide
Où se e tiennent en rade aride
Leurs âmes qui bradent avides
Leur humanité frigide !

 

 

 

Quand le vif désir de l’Olympe enchaîne,
Vils esclaves, qu’il mène, fouette, entraîne
D’eux, n’exsude que turpitudes, mort, haine !
Et rien, rien à leurs yeux, n’y fera…
Même si ton âme d’écorché jaillit, dénie,
S’arrache s’exhale dans un cri d’agonie,
A faire blanchir et mourir la nuit !
Même si tes pleurs, noire écume d’amertume
Vitriolent ta face glacée de brume,
A faire se fendre gels d’hivers, torrides dunes !
Même si ton passé chevauche les vents
T’apportant en trophée les gloires d’antan,
A faire se parjurer pour toi le temps !
Ah ! Rien n’y fera, nul d’entre eux ne t’absoudra
Pour avoir osé dévoiler les signes
De lendemains hermétiques et indignes
Pour avoir osé décocher ton souffle
D’allumeur de brasiers dans l’œil du gouffre
Pour avoir osé défier les masques retors
Et fait plier la faux perverse de la mort
Tu verras ta vie tressée de lumières crues
Se cogner, violée de bleus aux ténèbres nues
Que satinent, patine sombre, les intérêts de l’ombre
Mais ton art de vie ciselé d’humanité
Se déploiera, étendard sur l’éternité !

 

 

 

 

Debout! Les bedeaux sonnent!
De leur cieux fêlés qui frissonnent,
A bras raccourcis, les pervers
Sonnent les cloches de l'enfer
Oyez bonnes âmes, oyez!
Ils fossoient, ils enterrent
L'univers, la terre et les mers
Debout! Les bedeaux sonnent!
Au nom de leur foi monnayante
Sonnante et trébuchante
A tour de bras, à grand fracas
Ils tirent sur les cordes raides
Et festoient, hideux séides,
plus morte que la mort, la vie putride
Debout! Les bedeaux sonnent!
Lançons-leur de l'ultime prière 
Le cri, le jet de la pierre!
Debout, que le tocsin résonne
Qu'il réveille, qu'il raisonne
Les consciences qui ne voient, se fourvoient.
Debout! Avant que leur glas ne sonne
Debout! Debout!



 

 

En un coin de ma mémoire,
Dans son écrin de moire,
Est un bris de mon cœur
Au fin parfum de fleur.

Je l'appelle de mes vœux,
Le caresse de mes yeux,...
Il me rend son éclat!
Mouvant, émouvant...!

Ah, souvenir, au regard d'enfant!
Te prendre dans mes bras,
Te sentir, te ressentir, te jouir,
Serait-ce un instant…

Frisson frémissant
De vie... Magie, nostalgie
Fait de reflets, repris
Au temps évanescent...

Hélas, je te sens fuir,
Te dérober, t'évanouir...
Non! Serrer les paupières, te retenir...
Attends!...Te faire revenir...
L'ombre seule, emplit mon regard
Il est déjà trop tard.

Mais en moi,
Demeure son émoi
J'en suis imprégnée
Comme l'herbe, de rosée.
Telle une fragile senteur
D’ineffable douceur...

 

Poème dédié à  Pascal Renaudin.


 

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