CHRISTIAN ERWIN

ANDERSEN




foutu

tango



Poème


Pour Sven & Niels

mes fils et filleul


A


Dominique Bernard.





 

 

 

Du haut de ton grand voilier, juchée sur la timonerie bariolée et fermement ancrée par les deux robustes trocs de tes jambes tu diriges la manœuvre.

Tu es entrée dans le vif. D’estoc et de taille. Tu frappes. Tu les frappes tous : pirates, corsaires, boucaniers.

C’est ton Mississippi, ton Yukon que tu descends ou ton Orénoque. C’est ta vie que tu conduis à l’échouage ou tantôt ramènes aux sources.

Tu clames ta joie à pleins poumons. A grands cris sauvages tu y vas et, ce n’est pas mystère, je sais que jusqu’au fond des antres les plus sombres, dans les plus fabuleuses forêts, la vie frémit d’effroi à t’entendre.

Tu t’es saisie de moi. Tu me hales, et, à grands ahans, me hisses à bord de ton bateau ivre.

Tu ne m’as posé aucune question. Tu t’en fous. C’est d’autorité que tu m’as pris. Avec toi, je ne discute pas. Jamais.

Bien sûr ce n’est pas la mer à boire car tu domines les eaux. Mais !

Oserais-je le dire ? Tu m’anéantis et m’ériges, en un seul et même prodigieux mouvement.

Et voici que je règne, maître de toute chose. Réduite la brutalité ; subjuguée la violence !

Les dieux parlent par notre bouche, nos deux bouches de galets blancs.

Tu es belle de gravier rose. Belle de vasques argentées. Belle. Si belle.

Infiniment. La plus belle de toutes définitivement.

Comme tes lèvres si rouges à la surface de moi à jamais noir. Je t’aime. Le savais-tu ? Merci d’avoir permis que je t’aime nu.

cea